mercredi 24 décembre 2008

L'onde de choc Madoff et la transparence

Pour les gestionnaires de portefeuille, l'affaire Madoff arrive au mauvais moment. Comment redonner la confiance aux investisseurs alors que les nouvelles macro-économiques sont très mauvaises, et que la visibilité est pour le moins réduite sur le déroulement de l'année 2009.
Même si les autorités de marchés ont essayé de faire oeuvre de pédagogie, le nouveau président de l'AMF (Autorité des Marchés Financiers), Jean-Pierre Jouyet s'étant rendu disponible pour expliquer aux medias que les OPCVM français étaient marginalement touchés, il n'a pu aller au delà de la divulgation de l'exposition de ceux-ci (environ 500 millions d'euros). La transparence a ses limites.
Pourtant si certains gestionnaires ont révélé les fonds éventuellement touchés par cette affaire Madoff, il aurait été utile d'avoir la liste complète des OPCVM français concernés, avec les encours y afférents. Non pas pour crier au scandale mais parce que en tant qu'investisseur potentiel, je suis intéressé pour connaître ceux qui ont investi chez Madoff. Cela éclaire sur le degré de compétence des équipes qui ont réalisé ce genre d'investissement. Le "nous savions pas, c'est une escroquerie", ne marche pas.
Comme me l'a dit un gestionnaire de fortune, lorsque vous voulez un rendement supérieur au rendement moyen (exemple : vous voulez du 6 à 8% au lieu du 4% quasiment sans risque), adossé à ce rendement, il y a un risque, qu'il soit réel (lié à tel ou tel performance d'indices ou de produits...) ou pas, la question risque/rendement revient lancinante à travers cette crise financière. Elle avait été oublié pour les crédit subprimes, elle a été encore mis de côté pour investir dans les fonds Madoff.
Un rendement = un risque, c'est simple, c'est toujours vrai, même si l'aveuglement ou la cupidité conduisent à transformer provisoirement des risques en opportunités qu'on ne peut pas rater, la vérité du risque derrière le rendement finit toujours par éclater.
Pendant des années, certaines équipes de financiers ont pu faire croire qu'ils avaient trouver la martingale sur les marchés financiers, quoiqu'il arrive.
Derrière l'affaire Madoff, on devrait s'interroger sur les leçons de la crise financière et boursière. La folle année boursière 2008 si elle n'est pas analysée en profondeur, n'aura servi à rien, sauf à ruiner les espoirs de ceux qui pensent qu'investir en Bourse c'est investir dans l'économie et dans des entreprises qui se développent. Si la réputation de la SEC a été ruinée aux Etats-Unis, le nouveau président de l' AMF (http://www.amf-france.org/) serait bien inspiré de montrer que la transparence n'est pas anti-économique, au contraire.
Il faudra aussi peut-être réfléchir à la notion d'investisseur averti (en général quelqu'un de fortuné) car les découvertes se succèdent sur le dossier Madoff au point qu'au café du Commerce on a du mal à suivre et on est pas toujours branché sur Bloomberg qui révèle que la femme la plus riche de France, Madame Liliane Bettencourt, qui est dans l'actualité en ce moment pour des questions d'ordre privé, aurait aussi également subi des revers dans des fonds Madoff via le fonds Access International Advisors dont le fondateur Thierry Magon de La Villehuchet, a été retrouvé mort hier à son bureau de Madison Avenue.
Faut suivre. La dépèche Bloomberg cite plusieurs sources : http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601087&sid=a.mL6Nm9f57w&refer=home). Madoff déjà aussi célèbre qu'Arsène Lupin.