vendredi 30 janvier 2009

Retrouvez des archives sur Lehman, dur dur

par Didier Testot.

Lorsque l'on fait des classements dans ses affaires, les surprises sont parfois sympathiques, telle ou telle photo où l'on faisait le malin avec ses copains de la Faculté, des souvenirs enfouis et qui nous ramènent immédiatement à une situation, mais parfois on tombe aussi sur des objets rares. Cette fois, il s'agit juste d'un article. Pourquoi garder du papier à l'heure de l'Internet ? Vraiment je vous le demande, sans doute de vieux réflexes du journaliste qui a commencé dans la presse écrite, la presse écrite, ce papier que l'on touche, j'ai toujours gardé un rapport charnel avec ce papier, même si je passe de plus en plus de temps sur Internet.
Quel trésor dans mes archives ? Juste un article d'une page.

Si l'année 2008 restera comme historique sur le plan du choc économique que nous vivons, s'il faut retenir une date, un évènement, sans nul doute, tous les intervenants sur les marchés financiers et au-delà, vous sortiront un nom de leur chapeau : Lehman Brothers. La banque d'affaires américaine morte en septembre 2008 et dont l'épitaphe tient en une ligne :

"Lehman Brothers Holdings Inc. has filed for bankruptcy protection in the U.S.
"

Et voilà que dans mes archives, je tombe sur un article paru dans l'Agefi Hebdo du 10 au 16 avril 2008. Avril 2008, ça paraît loin pourtant ce n'était que le premier semestre 2008...Et ce titre "Lehman Brothers veut devenir le numéro un étranger à Paris".
Avec cette introduction vendeuse : "Une nouvelle équipe dirigeante, de nouveaux locaux et la ferme intention de gagner des parts de marché : la France (NDA rien de moins !) devra désormais compter avec Lehman Brothers". Un peu plus loin "la banque recrute et investit en France". Plus loin encore : "De fait, le marché a salué la solide demande observée pour son augmentation de capital destinée à stimuler ses fonds propres et à accroître sa flexibilité financière". Avec d'ailleurs des propos rassurants de Mick Chu CAO Chief Administrative Officer : "Notre culture et notre business model se distinguent de ceux de nos principaux concurrents sachant que nous avons largement diversifié nos lignes de métier et notre présence géographique".
En Avril 2008, Lehman Brothers n'était donc pas comme les autres. Avec cette conclusion : "Xavier Rolet (CEO) et Mick Chu parient sur l'internationalisation du marché français et sur la meilleure santé de leur maison-mère par rapport à d'autres dans le monde".
Lehman n'est plu, mais alors que nous allons assister dans les prochaines semaines à une série de publications financières des entreprises financières et industrielles, les experts en tout genre devront sans doute y regarder de près dans les discours des entreprises pour faire le tri entre ceux qui pourront passer la tempête qui s'annonce longue, et ceux qui seront tentés "d'habiller" leurs comptes pour mieux masquer les risques à venir. C'est interdit Monsieur d'habiller les comptes nous dit-on, peut-être, mais alors comment expliquer que personne n'ait rien vu arriver sur les risques du secteur financier pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, sans parler de Madoff, nouvelle égérie du café du Commerce, et qui coûte la bagatelle de 2,33 milliards d'euros à la banque espagnole Santander, qui n'avait pas mis ses mains dans les subprimes, mais qui s'est engouffrée joyeusement chez Madoff.
Comme l'avait vu avec malice un expert de la comptabilité dans les années 1990, certaines périodes sont propices à la "karchérisation des bilans". Rien ne dit que d'autres "surprises" ne viendront pas animer l'année boursière 2009, alors gardez quelques archives, qui sait, vous y trouverez peut-être des perles dans quelques mois.

lundi 26 janvier 2009

Célébration et enterrement le même jour dans la gestion d'actifs.

par Didier Testot

Comme me l'avait dit une personne proche lorsque j'ai célébré mes 20 ans : "Tu sais après, çà avance vite, tu verras". Et j'ai vu. Elle avait largement raison.
Ce 26 janvier 2009, à l'Hôtel Intercontinental, situé au 2 rue Scribe, Edouard Carmignac le dirigeant éponyme de Carmignac Gestion a lui aussi voulu fêter à sa manière son anniversaire. Les 20 ans de Carmignac Gestion. Et il n'a pas hésité à mettre en parallèle sa présentation de la stratégie de sa maison indépendante pour 2009, avec la fusion des pôles de gestion d'actifs du Crédit Agricole et Société Générale, "un anniversaire et un enterrement le même jour", selon lui.
Certes on ne se situe pas sur la même échelle, à savoir le nouvel ensemble Crédit Agricole et Société Générale et détenu à 70% par Crédit Agricole S.A et à 30% par Société Générale, représente selon les deux banques, au 30 septembre 2008, 638 milliards d’euros d’actifs sous gestion, générant plus de 1,8 milliard d’euros de produit net bancaire5 et 0,9 milliard d’euros de résultat brut d’exploitation, selon le communiqué des deux banques.
Pour Carmignac Gestion, les derniers chiffres sont de 13 milliards d'euros d'encours sous gestion. On parle dans le métier de "boutique" pour Carmignac face aux géants de la gestion d'actifs.
Des géants qui doivent aujourd'hui faire face aux conséquences de la crise financière et revoir leur stratégie en la matière. Il est peut-être encore trop tôt pour penser que le modèle français de "banque universelle" est obsolète, ce modèle d'équilibre entre banque de détail en France et à l'étranger, services financiers spécialisés, banque de financement et d'investissement (BFI) et gestion d'actifs. Censé montrer sa résistance en période de crise, il a finalement souffert plus que prévu, en raison de l'ampleur de celle-ci. L'effet Lehman Brothers restera comme un choc immense balayant toutes les certitudes des banquiers les plus expérimentés.
Là, on ne parle que de gestion d'actifs, mais c'est un premier mouvement intéressant sur la stratégie que mettent en oeuvre les banques.
Car selon le Crédit Agricole et la Société Générale, "cette nouvelle société de gestion d’actifs pourrait être introduite en bourse à un horizon de 5 ans. Crédit Agricole S.A. et Société Générale s'engagent à conserver leurs participations dans le nouvel ensemble pour une période d’au moins 5 ans".
Un concurrent de moins comme le disait avec humour Edouard Carmignac, sur la papier certainement, mais surtout une situation économique qui devrait amener d'autres acteurs européens à revoir leur stratégie pour leurs activités de gestion. Et l'adoption de ce que les spécialistes appellent "l'architecture ouverte" amènera des opportunités pour les fameuses "boutiques".
A 20 ans, tous les rêves sont possibles, celui d'Edouard Carmignac est de devenir le "mini Fidelity européen", du nom de l'un des principaux gestionnaires indépendants américains.
De l'optimisme alors que la semaine dernière, le "Dr Catastrophe", Nouriel Roubini, professeur à la New York University, et l'un des rares à avoir vu venir la trop fameuse crise des subprimes, évaluait sur son site www.rgemonitor.com, à 3.600 milliards de dollars, les pertes du secteur financier américain, suggérant que le système bancaire américaine était au bord de la faillite.
Boutique ou nouveau mastodonte de la gestion, il leur faudra convaincre en 2009 que leur stratégie est la meilleure face à des marchés qui leur ont joué des tours tout au long de l'année 2008 et qui risquent bien de continuer de la même manière en 2009.

vendredi 23 janvier 2009

Quand les jeux vidéos vont à la cave

par Didier Testot.
Le 30 décembre, une information concernant un éditeur de jeux vidéos avait attiré mon attention, et j'en avais conclu que l'exception des jeux vidéos n'était plus au regard de la dégradation de la situation économique (http://labourseetlavietv.blogspot.com/2008/12/lexception-des-jeux-vidos-nest-plus.html).
Il ne s'agissait alors que d'un acteur de taille encore modeste, Mindscape. Et voilà ce matin que Ubisoft, le géant français trébuche en Bourse car il révise à la baisse ses prévisions de chiffre d'affaires 2008. C'est intéressant au regard du discours ambiant qui consistait à nous dire que les jeux vidéos faisaient partie intégrante de notre consommation et que quoiqu'il arrive, nous allions dépenser pour ces jeux pour les fêtes de fin d'année.
Le commentaire d'Ubisoft est limpide : "Afin de tenir compte de promotions supérieures aux attentes sur certains jeux et d'une nécessaire prudence au début du quatrième trimestre fiscal, Ubisoft ajuste ses objectifs pour l'exercice 2008-2009".
De quoi parle-t-on ? Un chiffre d'affaires compris entre 1040 M€ et 1060M€, à comparer à environ 1050M€ précédemment, les élèves de Cm2 qui passent leurs évaluations apprécieront l'écart ! Avec un objectif de résultat opérationnel attendu entre 12 et 13% du chiffre d'affaires contre au moins 13% précédemment. Là aussi ils feront leurs calculs, je parle des élèves de Cm2.
Non il faut aller chercher ailleurs sans doute la cause de cet aller direct à la cave comme disent les boursiers pour le titre Ubisoft.
Ubisoft a perdu des parts de marchés partout : aux Etats-Unis 4ème éditeur indépendant au lieu de 3ème et en Europe 3ème contre 2ème, en France 3ème contre 2ème, 3ème au Royaume-Uni contre 2ème, 3ème en Allemagne contre 2ème. Bref, Ubisoft doit reconquérir ses parts de marchés en 2009, dans un contexte économique nettement plus difficile.
Une mission pour Tom Clancy's.
Ubisoft qui envisage une hausse de ce marché des jeux vidéos entre 5 et 10% pour l'année 2009. L'exception des jeux vidéos n'est plus mais comment aurait-elle pu continuer alors que partout le même refrain s'appelle récession économique. (Pour une idée sur le cours du titre :http://www.euronext.com/trader/summarizedmarket/stocks-2593-FR-FR0000054470.html).

mardi 20 janvier 2009

Obama te voilà

Rarement une investiture présidentielle américaine aura suscité un tel intérêt, pas seulement aux Etats-Unis bien sûr, mais le Monde semble s'être donné rendez-vous aujourd'hui, après avoir suivi les faits et gestes du futur hôte de la Maison Blanche depuis son élection.
Il suffit de surfer sur le Web, de jeter un oeil sur les couvertures de la presse, de voir ces 2 millions d'américains à Washington, pour estimer que cette arrivée de Barack Hussein Obama à la Maison Blanche est un moment historique, bien au delà du symbole. Beaucoup a déjà été écrit à ce propos, mais à cette occasion, avant même de dire que sa tâche sera difficile, car les commentateurs de la journée ont déjà pris de l'avance, laissons le s'installer et mettre en oeuvre son plan pour redresser une économie américaine exsangue mais qui a toujours démontré une étonnante capacité de rebond.
C'est ce qu'espèrent beaucoup de citoyens américains qui croient en lui et à ses capacités d'homme d'Etat. La tâche sera rude, d'abord et surtout à cause de l'héritage de George W. Bush. But may be you can do it. Pas seulement pour les Etats-Unis, mais pour le Monde car si les Etats-Unis se redressent, l'économie mondiale en profitera. Good luck Barack.

mercredi 14 janvier 2009

Lyon ville lumière des entrepreneurs

En deux jours est-il possible d'avoir une image de l'état des entreprises françaises assez fiable ? Loin des discours, des plans de relance, des grèves des transports, de la sinistrose, les dirigeants d'entreprises moyennes, les fameuses "midcaps", sont-ils armés pour faire face à la crise économique qui s'est installée et à la crise de confiance qui est venue s'y coller comme le poisson du genre Remora à la raie ?
En moins de deux jours pour www.labourseetlavie.com et un total de 23 entretiens TV avec au programme : 19 pdgs, 2 directeurs financiers, un directeur général délégué, un gérant, un directeur de gestion, cela fût possible. C'est un panorama finalement très large de ce qui fait l'économie réelle. Et c'est donc à Lyon que j'ai pu écouter, questionner, partager, avec ces dirigeants grâce à Oddo Midcap.
L'intérêt d'aller les voir en ce début d'année cahotique, comme je couvre ce segment des entreprises françaises depuis au moins 8 ans, c'est de prendre le pouls des entrepreneurs. Non pas que les grandes entreprises ne m'intéressent pas, mais souvent elles élaborent un discours d'entreprise un peu fade, à de rares exceptions.
Et avec le temps, ces entrepreneurs, j'ai vu leurs entreprises grandir, avancer, surfer sur la vague boursière qui les poussait, réaliser des acquisitions, doubler de taille, faire de l'international une activité à part entière, mais aussi naviguer dans des eaux difficiles.
Certains d'entre-eux ont mis du temps avant que la Bourse ne les reconnaisse. J'en parlais avec un pdg, en lui mentionnant le fait que pendant de long mois les investisseurs n'avaient pas investi dans sa société. Puis quand plusieurs gérants se mirent à découvrir la société, l'effet fût important pour lui sur la plan de la performance boursière. Depuis, son fils a un rôle éminent dans la société.
En vrac, de la livraison à domicile de surgelés, des médicaments contre les allergies, du matériel médical, de l'événementiel, de l'emballage sur mesure, des produits vétérinaires, des batteries, du matériel de pulvérisation, de la chimie, de l'analyse biologique, de la construction de maisons individuelles, de la fixation de pièces industrielles, de l'informatique, des bateaux de luxe, des serveurs informatiques, des camping-cars, des études sur nos habitudes de consommation, du marketing sur Internet, des portes automatiques piétonnes...De quoi avoir une meilleure idée de l'évolution de notre économie que toutes les visites politiques médiatisées dans les entreprises en France ne peuvent pas amener.
Et sur le site www.labourseetlavie.com , si vous allez voir ces vidéos, vous verrez des dirigeants certes pour certains d'entre-eux prudents, soit en raison de leur activité, ou du ralentissement économique en cours, mais ce qui les rassemble tous, c'est sans doute la volonté de tenir, voire de saisir des opportunités dans cette période.
La situation est difficile ils ne s'en cachent pas, mais ils pensent pouvoir traverser cette période sans heurts majeurs pour leur entreprise. Et c'est plutôt rassurant, même s'il faut reconnaître que l'an dernier à la même époque, c'est la Bourse et les investisseurs, qui ne croyaient plus dans la croissance des entreprises alors que les entrepreneurs eux ne voyaient pas le ralentissement économique se matérialiser dans leurs comptes.
En 2009, la question de la visibilité demeure, mais l'essentiel est de voir que les entreprises réagissent, s'adaptent, les capitaines et leurs équipes sont en poste pour diriger la manoeuvre dans une mer agitée.
Dommage que à ce jour, les grands medias préfèrent concentrer leur analyse de l'économie sur les situations spéciales ou caricaturales, moi j'espère que l'on pourra grâce aux entreprises mieux comprendre notre environnement et son évolution. Et ce sera en 2009 sur Internet.
Entreprendre, entreprendre, et encore entreprendre, comme un début d'antidote à la crise...