mercredi 18 février 2009

Greenspan et la nationalisation des banques

par Didier Testot
On en parlait en France, mais c'est sans doute ce qui se passe aux Etats-Unis qui est le plus frappant en ce moment.
Avec cet entretien d'Alan Greenspan, l'ancien Président de la Réserve Fédérale américaine, dans le Financial Times et ce titre : Greenspan backs bank nationalisation à lire sur www.ft.com.
L'un de ceux qui a contribué à la dérive du sytème financier "laissez-faire capitalism" comme dit le FT, trouve l'idée d'une nationalisation temporaire des banques valable pour restaurer le système financier. "It may be necessary to temporarily nationalise some banks in order to facilitate a swift and orderly restructuring,” selon les propos d'Alan Greenspan recueillis par le FT à l'Economic Club of New York.
Cela montre l'étendue de la crise du système financier mondial, même si la situation des banques américaines, anglaises ou françaises n'est pas la même.
La Société Générale vient d'afficher un bénéfice annuel de 2,01 milliards d'euros, avec 87 millions "seulement" au quatrième trimestre certes, mais elle proposera à l’assemblée générale un dividende de 1,2 euro par action au titre de l’exercice 2008. Elle prévoit toutefois une "accélération des mesures d'économies sur les charges externes" comme les voyages, ainsi qu'un gel et une réduction "sélectifs d'effectifs". Et le groupe décalera dans le temps l'exécution de son plan d'affaires en Russie.
Les déclarations d'Alan Greenspan interviennent au lendemain de la promulgation du plan de relance de 787 milliards de dollars du président Barack Obama, qui est aussi intervenu pour soutenir l'automobile américaine en pleine crise et qui va le faire sur ce secteur financier comme sur l'immobilier.

dimanche 15 février 2009

L'Etat mère de tout

par Didier Testot.
Cela n'étonne plus personne, il faut dire qu'en temps de crise financière et économique, l'Etat est devenu le sauveur, le seul sauveur, et par là même recommandable voire chaudement recommandé. Pour l'automobile qui ne trouve plus d'argent auprès des banques, pour les banques qui ne se prêtent pas entre elles depuis plusieurs mois, mais aussi dès qu'un problème surgit, on trouve de l'argent et l'Etat s'avance alors même qu'il y a seulement quelques mois de cela, l'Etat n'avait plus d'argent disponible dans ses caisses.
Ce retour en force de l'Etat qui n'est pas en soi anormal, crise oblige, apparemment cela donne un nouvel élan interventionniste à la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, qui nous avait chaudement recommandé le vélo lorsque le pétrole flambait.
Aujourd'hui, elle peut se permettre de dire à la Caisse d'Epargne et aux Banques Populaires d'accélérer leur mariage qui ne se passera pas un dimanche à Bamako mais à Paris.
Elle se réjouit aussi selon le Figaro des bénéfices de Total, et selon ce journal elle précise :"Je ne pense pas que les salariés du groupe Total soient dans une situation de paupérisation. Moi, ce qui m'intéresse, c'est ce que le groupe fait pour créer de l'activité et de la valeur, et je serai particulièrement attentive aux investissements". Cette attention de Madame Lagarde, ce sont les dirigeants de Total que cela doit amuser. Pour avoir une influence sur une entreprise comme me le disait un ancien grand patron, si on ne possède pas de capital, impossible de faire entendre sa voix au conseil d'administration. Çà vaut aussi pour l'Etat.
Revenons aux banques, date butoir fin février donc et sous menace de nationalisation ont même pu écrire des confrères. Selon
Le Monde du 14 février 2009 : "J'ai demandé à ces deux établissements d'accélérer la manœuvre, a-t-elle déclaré. Il y a urgence, ce n'est pas la peine de faire traîner les propositions de fusion éternellement." "Je crois que la fin du mois de février serait une bonne échéance", a ajouté Madame Lagarde. Certes l'Etat est venu au secours des banques, mais au-delà de la nécessaire surveillance de l'utilisation des fonds que les banques françaises ont pu allé emprunter à l'Etat, faut-il considérer que Bercy régente jusqu'à la gouvernance des banques ? En France, cela a toujours été le cas il est vrai, un professeur de droit m'avait largement fait comprendre qu'il suffisait de regarder la taille du ministère de l'Economie pour comprendre que le pouvoir était là. Le pouvoir et le contre-pouvoir diront les fins observateurs. Dans ce cas si l'Etat intervient c'est sans doute qu'il y a le feu dans la maison. Et le feu s'appelle Natixis dixit un professionnel que j'ai croisé à déjeuner ce midi.
Mais les gouvernants, quelque soit leur appartenance, ont sans doute la mémoire courte. Faut-il leur rappeler le Crédit Lyonnais transformé en LCL mais dont chaque français paye encore (une ligne sur la feuille de paye) le solde. L'Etat à la manoeuvre n'est pas forcément le meilleur conseiller.
Reste qu'il ne peut pas laisser un pan du système financier tomber au risque que l'ensemble du système ne vacille et l'économie d'un pays tout entier avec.
Espérons que l'Etat fasse preuve de discernement dans son action pour ne pas encore alourdir le fardeau qui va peser sur ceux qui n'y sont pour rien, vous et moi. New CRDS ? A Bercy on a peut-être déjà trouvé son alter ego pour 2009. A suivre.

samedi 7 février 2009

L'Amérique sombre et réagit, la France prend son temps

par Didier Testot.
Décortiquer la prestation télévisuelle présidentielle, je laisse cela aux spécialistes politiques, comme cette radio nationale qui débute par le plus important sans doute à savoir si le Président était à l'aise, mieux disposé, avec moins de tics, face aux journalistes choisis par l'Elysée. A ce sujet, j'ai entendu sur cette radio des commentaires durant plusieurs minutes. Renversant en temps de crise ! En dehors donc de toute considération politique ou médiatique, le Président n'a pas rassemblé. Faire l'annonce d'une suppression de la taxe professionnelle, idée sans doute glissée par un conseiller élyséen en mal d'idées neuves, c'est comme si il disait à une entreprise, tiens au fait, vous allez perdre 29% de votre chiffre d'affaires (chiffre cité par certains députés), l'entreprise s'appelant la collectivité locale. Et je vous la remplace par une taxe carbone, léger, très léger.
Et pour le sujet du moment sur lequel Barack Obama, le Président américain a tranché, limitation des salaires des dirigeants de banques ou d'entreprises que l'Etat américain renfloue, là, Nicolas Sarkozy renvoit à une discussion entre partenaires sociaux, Medef et syndicats.
Vieille recette, usée, maintes fois utilisée, alors que le Président l'a reconnu d'emblée, la crise économique est sans précédent.
Croit-il encore avec ces conseillers que la situation française est différente de celles des autres pays développés et que la France sera plus épargnée que les autres ? Pour l'aider ainsi que ses conseillers à ouvrir les yeux, en janvier, les Etats-Unis ont détruit 598.000 emplois, ce qui fait de ce mois le plus destructeur pour l'emploi depuis décembre 1974, et également l'un des plus graves de l'histoire américaine, selon les chiffres officiels corrigés des variations saisonnières, comme disent les spécialistes. La France comme les autres doit donc trouver des solutions, pas celles des années 1970's, ou des années 1980's, mais des idées efficaces dès 2009.
La crise actuelle même si on veut nous faire croire qu'elle est compliquée, est très simple : les banques ne jouent plus leur rôle de financement de l'économie car elles ont des actifs toxiques dont elles ignorent encore l'ampleur exacte. Le pragmatisme américain en temps de crise contraste singulièrement avec l'agitation française qui ne débouche pour l'instant sur rien de tangible.





jeudi 5 février 2009

Escroquerie au Japon : Hara qui rit pas

par Didier Testot.
On serait tenté de dire "on vit une époque formidable" avec humour pour toutes les découvertes d'escroqueries en tout genre, mais pour ceux qui découvrent la vérité, l'humour passerait mal.
La dernière escroquerie en date, au moment ou j'écris ces quelques lignes, nous vient du Japon. D'après une dépêche de l'AFP, Kazutsugi Nami, c'est son nom, chef de l'entreprise de literie L et G en faillite, était "devenu au fil des ans un véritable gourou pour les investisseurs qu'il enrôlait". Il a été arrêté ce jour à Tokyo en même temps que 21 collaborateurs, toujours selon l'AFP. La technique de M. Nami ? Du classique.
Il promettait des rendements annuels de 36% aux investisseurs qui lui confiaient leur argent. 36% rien que çà.
Et l'AFP mentionne qu'il "avait également mis en circulation une monnaie virtuelle, baptisée "enten", combinaison des deux idéogrammes signifiant "yen" et "paradis", qu'il prétendait vouloir transformer en devise mondiale unique"(...). Ces "enten" étaient utilisables dans plusieurs hôtels, bazars et magasins en payant avec son téléphone portable, ou bien sur des sites de vente en ligne."
Voilà le tableau ; après les émules de Madoff aux Etats-Unis, le Japon s'y met aussi...Reste que la meilleure citation est à mettre sur le compte de Kazutsugi Nami lui-même cité par l'agence Jiji et que rapporte l'AFP : "Je suis la victime la plus à plaindre. Personne n'a perdu autant que moi. Vous devriez savoir que les hauts rendements s'accompagnent de hauts risques". Oui vous devriez savoir, en ces temps économiques difficiles, après l'euphorie des années folles, les investisseurs japonais ou pas, devraient le savoir : plus le rendement est grand, plus le risque est grand. Merci à ce monsieur de nous le rappeler ! A chaque fois, ceux qui ont oublié cette règle de base, en ont subi les conséquences.
Avec la multiplication des fraudes à l'échelle du Monde, due sans doute à l'attention portée par les médias à ces sujets en temps de crise, il faudrait peut-être suggérer la création d'un musée de l'escroquerie financière, avec les portraits des anciens et la possibilité d'y faire son entrée pour les escrocs révélés durant ces années de crise, et dont nous ne connaissons à ce jour pas encore le nom.