vendredi 26 juin 2009

Quand le Gaulois mange le Coq et lorgne sur Marie

par Didier Testot.

Avec la crise financière et économique que nous vivons, et l'impact médiatique de la mort de Mickael Jackson qui éclipse en un tour de mains l'actualité précédente sur la crise iranienne, on en oublierait presque que la vie des entreprises continue. Malgré la crise, ou à cause de la crise, des entreprises investissent et saisissent des opportunités d'acquisition, alors même que tout pousserait à ne rien faire sauf à réduire la voilure en attendant la sortie de crise.

Clairement depuis plusieurs mois, l'investissement et les opportunités de croissance, ont été des paris du leader de la volaille en France, le groupe LDC (comme Lambert, Dodard, Chancereul), qui se cache derrière notamment les marques Le Gaulois et Loué . Avec près de 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires pour le dernier exercice 2008/2009, le groupe LDC qui est également implanté en Pologne et en Espagne est présent sur deux métiers : l'élaboration de produits à base de volailles et les produits traiteurs (Traditions d'Asie, c'est lui par exemple).

Après l'acquisition du Groupe Arrivé, annoncée lors de la publication de ses résultats annuels il y a quelques semaines, avec la marque Maître Coq, et un chiffre d'affaires de plus de 500 millions d'euros, LDC s'intéresse de près, "en négociation exclusive" nous dit le communiqué de presse, à la marque Marie qui appartient au groupe coté anglais Uniq. Derrière Marie se trouvent les marques outre Marie, Weight Watchers et Luang. La société a réalisé un chiffre d'affaires de 265 millions d'euros en 2008.

Voilà donc en quelques mois, Le Gaulois qui sort son chéquier pour ajouter près de 700 millions d'euros de chiffre d'affaires (quelques actifs cédés d'ici là). En bref, deux acquisitions qui font changer le groupe LDC de dimension dans ces deux activités.
Il faudra compter avec LDC en France, son dirigeant Denis Lambert avait eu l'occasion de l'expliquer sur la Web TV www.labourseetlavie.com à l'occasion de la publication des résultats.
Après ces deux acquisitions, la prochaine étape sera le renforcement à l'international, LDC prendra son temps, le temps, n'est-ce-pas à côté de la stratégie, l'atout essentiel pour naviguer en temps de crise.


mercredi 24 juin 2009

Le brouillard s'épaissit sur l'état de l'économie

par Didier Testot.
Cela révèle sans doute, malgré toutes les déclarations des uns et des autres nous expliquant que la situation économique s'améliore, un degré d'incertitude maximum quant aux modalités de la sortie de la crise financière et économique que nous vivons.
Dans la même semaine, la Banque Mondiale et l'OCDE viennent de nous délivrer deux messages contradictoires et les marchés financiers d'ailleurs ont joué du yoyo confirmant qu'ils cherchent la bonne boussole pour avancer mais qu'ils ne l'ont toujours pas.
La Banque Mondiale d'abord a révisé en baisse lundi ses prévisions de croissance tablant notamment sur une contraction de l'activité de 3% aux Etats-Unis cette année et de 4,5% pour la zone euro, et même -6,8% pour le Japon. Voilà pour les pays développés, et pour le club des "BRIC" (Brésil, Russie, Inde, Chine), seules l'Inde et la Chine voient une croissance révisée en hausse avec respectivement +7,2% et +5,1%
Le décor est donc planté, la Banque Mondiale a "douché" les espoirs d'une sortie de crise rapide, avec selon Justin Lin, économiste en chef et vice-président chargé du développement économique de la Banque Mondiale, « La nécessité de restructurer le système bancaire, combinée aux limites émergeantes des politiques expansionnistes des pays à revenu élevé, empêchera un rebond mondial de grande ampleur ».
Le lendemain, l'OCDE redonne de l'espoir aux investisseurs les plus nerveux, avec un relèvement de prévisions qui suffit à rendre la journée plus agréable. L’organisation précise que le ralentissement observé dans les trente pays de la zone OCDE était proche de son point bas et table sur une croissance de 0,7% en 2010, après une contraction de 4,1% cette année. Auparavant, l’OCDE tablait sur un repli de 0,1% en 2010 après une baisse de 4,3% en 2009.
Dans le détail, l’OCDE table sur une contraction de 2,8% du PIB des Etats-Unis cette année et sur une croissance nulle en 2010 et pour la zone euro, elle vise une baisse d’activité de 4,8% en 2009 et une croissance également nulle l’an prochain.
Certes la perspective d'une croissance nulle en 2010 n'est pas franchement réjouissante, mais le fait de relever ses prévisions a plu.
Alors qui de la Banque Mondiale ou de l'OCDE sera le plus fiable sur les prévisions à venir ? Faut-il tout miser sur le FMI ?
A ce stade, ils n'aident pas vraiment à éclairer nos lanternes ni celles des investisseurs.

vendredi 19 juin 2009

EDF Final Terms

par Didier Testot
Lorsqu'on souhaite souscrire à l'emprunt EDF dont vous avez entendu parler, voici ce qui est appelé une information importante, en gras les éléments qui m'ont apparu en décalage avec les recommandations les plus élémentaires de la transparence financière pour un investissement officiellement destiné à des investisseurs particuliers français :
"Les conditions et modalités de l’émission sont définies dans le Prospectus composé du Prospectus de Base en langue anglaise (intégrant un résumé en langue française) daté du 18 mai 2009 et visé par l’Autorité des marchés financiers sous le n° 09-151 en date du 18 mai 2009 et des conditions définitives de l’opération en langue anglaise (Final Terms) en date du 27 mai 2009. Le Prospectus de Base et les conditions définitives de l’opération sont disponibles sur le site internet de l’Autorité des marchés financiers (www.amf-france.org) et sur le site internet de l’Emetteur (www.edf.com). Ils peuvent également être obtenus gratuitement auprès d’EDF, 22-30, avenue de Wagram, 75008 Paris. L’attention du public est attirée sur les facteurs de risque mentionnés dans le Prospectus de Base et le résumé en langue française.
Les investisseurs sont invités à obtenir des informations auprès de leurs intermédiaires au sujet des droits de garde et frais de négociation qui pourront leur être éventuellement appliqués dans le cadre de la souscription des Obligations visées dans ce document. Le prix de revente est
principalement fonction de l’évolution des marchés de taux, du risque de signature de l’Emetteur et de l’existence d’un marché secondaire tels que décrits dans les facteurs de risque mentionnés dans le Prospectus de Base."
Tout est dit sur le peu de cas que l'on fait des particuliers qui doivent donc se "taper" le Prospectus de Base en anglais.
Sachant que d'après un gérant bien informé, les investisseurs institutionnels, alias les "zinzins", et qui parlent couramment l'anglais eux, sont "très" intéressés par cet emprunt, fallait-il vraiment insister lourdement sur le fait qu'il s'adressait aux particuliers. A méditer.
Bon week-end.

mercredi 17 juin 2009

EDF et les "Risk factors" où sont les leçons de la crise ?

par Didier Testot

L'emprunt EDF c'est un peu comme la finale de la Coupe du Monde de foot avec la France, même ceux qui s'intéressaient pas au football en ont entendu parler. Pour EDF , la publicité radio, télé, presse, internet...viendra vous convaincre que c'est l'événement en Bourse du moment. Et certains confrères qui présentent les "news" toutes les 15 minutes y vont de leur lancement vendeur : "de l'argent bloqué mais sûr".

Qu'en savent-ils ? Un rédacteur en chef compétent c'est-à-dire ayant un minimum de notions sur le fonctionnement de la Bourse et/ou des marchés a-t-il relu ce lancement ? On en doute, par contre le présentateur suivant aura à coeur de reprendre "de l'argent bloqué mais sûr". En boucle, toute la journée, voire toute la nuit pour les insomniaques.

Je croyais que la crise était passé par là, placement boursier, EDF ou pas, doit signifier prudence et explications.

C'est logique qu'EDF y consacre beaucoup d'énergie, avec un site dédié à cet emprunt obligataire ; dans une période où les entreprises cherchent des capitaux. Il est vrai que le succès de l'opération est aussi crucial pour les marchés financiers car il pourrait donner des idées à d'autres entreprises.

EDF a un avantage que les autres n'ont pas, elle fait encore partie du patrimoine national et ce genre d'annonce reste donc symbolique.

Pourtant le premier réflexe des investisseurs et des commentateurs devrait être un rappel des règles d'investissement. Crise financière et économique oblige, signer les yeux fermés chez son intermédiaire financier serait répéter les erreurs de ceux qui ont cru que le rendement n'avait pas son corollaire le risque.

Les articles de presse déjà publiés dont la tonalité est plutôt positive insistent sur la rémunération de 4,5% pendant 5 ans sur des obligations d'un prix de 1.000 euros. Le premier réflexe de l'investisseur à qui EDF demande de l'argent devrait être évident :

Ais-je besoin d'épargner sur une période de 5 ans ? Si j'achète, est-ce que je vais garder les obligations 5 ans, pourrais-je les garder 5 ans ? Aurais-je besoin de cet argent plus tôt ? Quelles sont les conséquences de cet achat sur mon patrimoine financier ? Sera-t-il assez diversifié après cette opération ? Questions essentielles et non exhaustives. Rappeler à l'investisseur qui envisage de constituer un patrimoine financier qu'il ne peut pas être constitué uniquement d'obligations EDF devrait aussi aller de soi.

C'est en toute connaissance de cause que l'on doit investir en tenant compte de sa situation patrimoine personnelle et pas de ce que dit tel ou tel journaliste, spécialiste... Investir c'est un acte individuel et qui a des conséquences. En matière d'obligations, les spécialistes que je connais m'indiquent aussi qu'ils ont trouvé chez d'autres sociétés des rendements supérieurs sur la même période. C'est donc tout cela qu'il faut prendre en compte.

Au-delà de ces réflexions, à la fin des publicités audio et TV on ne peut le manquer même si souvent la voix s'accélère nous sommes invités à lire "les facteurs de risques...disponibles dans le prospectus AMF"...

Et là surprise, l'un des documents disponibles en dehors des éléments fournis par EDF commence par cette phrase : "Under the Euro Medium Term Note Programme described in this Base Prospectus (the "Programme"), Electricité de France (the "Issuer" or "EDF" or "Electricité de France"), subject to compliance with all relevant laws, regulations and directives, may from time to time issue Euro Medium Term Notes (the "Notes") to qualified investors and the public in France or in any other Member State of the European Economic Area ("EEA") where this Base Prospectus has been notified to the competent authority in that Member State in accordance with the Directive 2003/71/EC of 4 November 2003 on the prospectus to be published when securities are offered to the public or admitted to trading (the "Prospectus Directive"). The aggregate nominal amount of Notes outstanding will not at any time exceed Euro 16,000,000,000 (or the equivalent in other currencies at the date of issue of any Notes)..." Du jargon administratif pas vraiment informatif.

Faut-il aller jusqu'à lire les fameux facteurs de risques entendus à la radio ?

L'AMF, le gendarme de la Bourse français nous propose un résumé en français du prospectus rédigé en anglais et du coup, de la page 33 à la page 65 tous les facteurs de risques sont devenus des "risks factors", les investisseurs sont invités à les lire en anglais, pour un produit qui s'adresse au public français ? Cherchez l'erreur !

En anglais, l'investisseur averti lira parmi les principaux risques liés aux futures provisions pour le démantèlement des centrales, cela donne "The EDF Group cannot guarantee that the provisions made will be sufficient. Their insufficiency would have a negative impact on the EDF Group’s financial results and financial situation" (page 55, faut avoir du temps et l'envie d'aller jusque-là).

La logique voudrait pourtant que l'on lise d'abord les facteurs de risques, qu'on en pèse le pour et le contre, ensuite on voit si l'on comprend ces produits, une obligation n'est pas une action. EDF d'ailleurs donne sur son site les grandes lignes de ce que représente une obligation.

Finalement peut-on dire que la crise a changé quelque chose à l'offre de produits financiers, cette fois-ci une obligation EDF estampillée 4,5% ?

A ce stade, je ne vois pas de différence pour l'investisseur particulier. Ceux qui pensent que la crise ne changera rien au mode de commercialisation des produits financiers viennent de marquer "one point" comme on dit en anglais à l'Eurovision.

samedi 13 juin 2009

Les économistes US voient rose

par Didier Testot.

C'est vraiment le débat de la semaine pour les économistes, la sortie de crise américaine qui se précise. Et c'est notre confrère, le Wall Street Journal qui s'y colle avec son étude auprès des économistes américains, une étude forcément suivie de près dans cette période cahotique.



D'après cette enquête du Wall Street Journal, la récession se terminera en août et le retour à la croissance devrait s'effectuer au troisième trimestre 2009. C'est le scénario le plus entendu sur les marchés, même si sortie de crise aux Etats-Unis, ne veut pas dire fin de la crise, paradoxe apparent seulement.
Car malgré cette bonne nouvelle, le niveau du chômage devrait toujours être élevé puisqu'il est prévu à 9,9% à la fin 2009 avec un retour à 9,4% vers décembre 2010.
Dans ce contexte, la majorité des personnes interrogées estime que la Réserve Fédarale américaine (Fed) ne relèvera pas ses taux cette année. Pour les prix, inflation ou déflation, autre débat d'économistes, en moyenne, les économistes n'attendent pas un indice des prix à la consommation à 2% avant 2010.
Et concernant le pétrole qui a connu une petite flambée depuis le début de l'année, les prix du baril de brut devraient se situer à environ 72 dollars en décembre 2010, soit leur niveau actuel. Et pour le coeur de la crise, l'immobilier, les économistes prévoient que le marché restera sous pression. Les prix continueront de baisser jusqu'au premier semestre 2010, puis devraient se stabiliser, et 92% d'entre eux disent que la fin de la chute des prix ne préfigure en rien d'un rétablissement du secteur.
Cette donnée est intéressante car parmi les investisseurs, dans leur approche des marchés financiers et de la gestion de leurs investissements, certains restent persuadés que seul un réel rétablissement de l'immobilier permettra la sortie de crise et un retour à la normale sur les marchés (crédit, actions, ...).
L'été sera chaud pas seulement sous les tee-shirts et les maillots.


mardi 9 juin 2009

Obama, les marchés, et la "récession profonde"

par Didier Testot.
La crise financière et économique que nous vivons, même si certains économistes disent déjà que la crise financière est terminée notamment parmi ceux qui n'avaient pas vu la crise venir, n'est pas, on le sait une crise comme les autres.
Venue de la sphère immobilière et financière, elle a contaminé l'ensemble des acteurs économiques. Tous les jours des entreprises sont touchées par la crise et déposent le bilan.
Les statistiques économiques, les marchés financiers depuis le début de l'année semblent indiquer que le plus dur de la crise est passé.
C'est aussi le sentiment avec des nuances de grands gestionnaires d'actifs comme AXA IM ou Crédit Agricole AM (CAAM) qui viennent de donner leurs indications de gestion pour les mois à venir. AXA IM continue d'anticiper un retour de la croissance aux Etats-Unis au troisième trimestre mais "conserve un scénario de croissance molle qui ne se renforcera que vers la fin 2010", l'économie reste "en phase de convalescence", pour la filiale de gestion d'actifs de l'assureur AXA.
Pour CAAM, le scénario central est similaire : "une reprise molle" avec un taux de croissance inférieur au potentiel comme disent les économistes, car il faut purger les déséquilibres liés à l'endettement des ménages notamment. Un environnement qui restera "volatile pour les données macro-économiques" mais qui laisse des opportunités pour les investisseurs, toujours selon CAAM.
Si l'on admet que le plus dur de la crise est passé, cela ne veut pas dire pour autant que la crise se termine dès 2009. Même aux Etats-Unis qui ont été les premiers à entrer dans la crise. La hausse du chômage se poursuit ainsi que les faillites d'entreprises.
Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, le Président Barack Obama n'a de cesse d'ailleurs, à intervalles réguliers, de rappeler que la crise sera longue. Ce lundi, il a récidivé alors qu'un sondage de Gallup montrait que pour la première fois, une majorité d'Américains (51%) désapprouve l'efficacité de son plan de relance.
"We're still in the middle of a very deep recession that was years in the making, and it's going to take a considerable amount of time for us to pull out of", a déclaré le président américain.
En résumé : "Il faudra un temps considérable" pour sortir de la crise et les Etats-Unis sont en proie à une "récession profonde", ce qui est apparemment en décalage avec les récentes déclarations de Paul Krugman, le prix Nobel d'économie, qui estimait que la fin de la récession américaine surviendrait en septembre. Méthode Coué ou analyse réaliste de la situation ?
L'image du séisme suivi de ses ondes de choc de moindre ampleur est une bonne image.
Des secousses (entreprises en faillite, défaillances..) viennent rappeler que la crise est toujours là et qu'il faudra du temps avant qu'elle soit effacée (Obama version).
Comme la mesure du temps détermine l'investissement, certains investisseurs commencent à reprendre du risque (Investors version), dans le cadre d'un investissement moyen/long terme. Rien ne dit qu'ils n'auront pas d'autres raisons d'investir dans les prochains mois avec de la flexibilité ou de la réactivité face à une crise sans précédent, il faut le rappeler et il faut le répéter.
Qui dit sans précédent dit avec des surprises possibles : bonnes comme mauvaises.

lundi 1 juin 2009

Des interviews sur la Bourse et les marchés

Des interviews sur la Bourse et les marchés
Vidéo envoyée par labourseetlavietv

Parmi les invités de la Web TV qui commentent l'actualité des marchés financiers, la stratégie et les perspectives d'investissements, retrouvez les vidéos de Philippe Forni Directeur général de CamGestion, Franck Dixmier Allianz Global Investors France, Véronique Rosier de La Banque Postale AM, de François Chevallier de la Banque Leonardo, de Christophe Couturier d'Ecofi Investissements, de Jean-Pierre Petit Stratégiste de Marchés, de Patricia Kaveh de Henderson Global Investors France, de Philippe Lecomte de Schroders ou de Jean-Bernard Guyon de Global Gestion et de Vincent Strauss de Comgest.

General Motors en panne sèche

par Didier Testot

Même s'il ne s'agit pas d'une surprise car depuis plusieurs semaines la faillite rodait, le dépôt de bilan du numéro un américain de l'automobile General Motors, entreprise centenaire, restera comme la disparition de Lehman Brothers, parmi les symboles d'une crise financière et économique sans précédent.

Pour les chiffres sur la base des 82 milliards de dollars d'actifs pour 172.8 milliards de dettes déclarées par le groupe pour la fin du mois de mars, la faillite du constructeur automobile se classe en troisième place derrière Lehman Brothers en 2008 et WorldCom en 2002. C'est surtout la plus grosse faillite de l'histoire industrielle des Etats-Unis.

GM a donc demandé la protection de la loi sur les faillites dans le cadre d'un plan de restructuration drastique. GM recevra 30 milliards de dollars d'aide supplémentaire de l'Etat et le Trésor américain prévoit d'accorder au total 50 milliards d'aides au constructeur pour une participation qui sera de 60% dans GM une fois sa restructuration achevée.

La cure d'amaigrissement va donc commencer : fermeture d'une douzaine de sites, suppression d'un tiers des effectifs et réduction du nombre des concessionnaires. Le choc de la faillite de GM est immense car il met à mal une croyance ancienne de l'économie américaine, le fameux "Too Big to fail". Nous le savons désormais, même les géants peuvent disparaître dans une telle crise.

On pourra toujours mettre en avant les erreurs commises par les dirigeants de cette entreprise qui ont conduit GM à aller dans le mur, en s'obstinant dans le Big, et les véhicules gloutons en essence pas chère, et en n'anticipant pas sur ce marché, mais d'autres ont fait aussi des erreurs.

Comme beaucoup d'investisseurs pensaient que jamais un Lehman Brothers ne pouvait être abandonné par le Trésor américain, beaucoup d'américains et même d'européens n'auraient pu imaginer que General Motors, le numéro un mondial de l'automobile pendant des décennies, serait balayé de la sorte.

Le géant est mort, et aux termes de la procédure, soit le "New GM" pourra repartir sur des bases assainies, soit il ira vers la liquidation, finissant d'assombrir une ville de Détroit, déjà sinistrée, avec son centre-ville fantôme, que j'avais eu l'occasion de voir en 1993, impressionné par cette ville comme par le siège de GM, aussi impressionnant par son ampleur que laid par son architecture.

L'histoire économique s'écrit en ce moment au jour le jour, ce lundi, soit un mois après le début de la procédure devant un tribunal de commerce, un juge fédéral a donné son feu vert à un plan de redressement qui prévoit la vente de la plupart des avoirs de Chrysler à Fiat et la prise de contrôle majoritaire du capital (55%) par un fonds de pension d'ancien salariés, tandis que le constructeur italien détiendra 20% du capital et pourra monter à terme à 35%. De la sorte, Chrysler pourrait sortir de la procédure de faillite dans le délai accordé par le gouvernement : 30 à 60 jours.

Pour GM, le challenge est donc aussi là ! Le gros 4X4 que l'on voit occasionnellement en une du site de GM ressort aujourd'hui comme le symbole de la gabegie des années de facilité, l'évolution de l'économie mondiale est désormais beaucoup rapide et il devient aujourd'hui beaucoup plus complexe pour des entreprises lourdes et inadaptées au changement de s'adapter.

Leçon de crise, leçon d'humilité, devoir d'analyse et de prospective pour le secteur automobile, car la crise est loin d'être terminée.

Comme le dit Fritz Henderson le Chief executive de GM dans sa lettre aux investisseurs, il faut réinventer GM et l'automobile.

Si le New GM réussit, le secteur automobile montrera encore une fois que parfois à l'image de Fiat en Europe, il peut renaître de ses cendres.