lundi 26 octobre 2009

Le cadeau d'Angela à Nicolas

par Didier Testot.

Les économistes lorsqu'ils commentent la situation de l'économie allemande avaient jusqu'à présent l'habitude de dire : l'Allemagne est (en comparaison de la France) particulièrement attentive à ses finances publiques.
La sortie de crise s'annonçait donc pour l'Allemagne comme rigoureuse et efficace et pour la France comme à son habitude dépensière et peu orthodoxe du côté des dépenses publiques qu'elle n'arrive toujours pas à diminuer, laissant le soin à la Cour des Comptes de nous raconter là où va notre argent sans jamais revenir.
Angela Merkel a donc décidé avec sa nouvelle coalition de baisser les impôts de 24 milliards d’euros par an à partir de 2011 (en comparaison, la pression fiscale est inférieure de 4 points à celle de la France, à 39,5 % du PIB), sans réduire les dépenses publiques. Pas de retour à l'équilibre avant 2014 selon les spécialistes, la France n'en espérait pas temps.
Et le Président Français, Nicolas Sarkozy, l'a salué ainsi : "Je me réjouis que notre grand partenaire et grand ami allemand fasse le même choix que le nôtre, celui de la baisse des impôts".
Faut-il sabrer le champagne ? L'euro fort, les déficits qui vont continuer à se creuser, une dette encore plus importante...
Reste que le modèle allemand a montré ses faiblesses dans la crise actuelle, trop dépendant du commerce mondial et pas assez de son marché intérieur.
C'est donc un pari que les Allemands vont consommer ce surplus et non épargner.
Cette crise économique est de ce point de vue extraordinaire, car les solutions retenues n'ont pas été classiques, et voir l'Allemagne s'engouffrer dans la baisse d'impôts et reporter à plus tard, le contrôle de sa dette, est de ce point de vue inédit.
Un pari comme ceux que font les investisseurs sur les marchés, que la crise soit moins forte qu'attendue, oui cela reste un pari.

jeudi 15 octobre 2009

Jean Sarkozy inspire plus que le FMI

par Didier Testot

Si la politique m'a passionné jusqu'à la fin de mes études universitaires, depuis que je suis journaliste, à part une ou deux interviews TV de futurs ministres, j'ai eu la chance de ne pas avoir à en faire plus.
Pour avoir été témoin en coulisses du peu de cas d'un futur ministre sur l'un des ses futurs collègues du Gouvernement, et de l'affichage qu'il pouvait faire ensuite alors qu'il le détestait profondément, cette attitude m'avait rassasié sur l'envie d'en faire plus. Finalement, c'est un patron qui m'a parlé de politique avec cette "affaire" Jean Sarkozy à la fin d'une interview TV.
Ce pdg a des filiales à l'international et c'est d'un allemand qu'est venue la moquerie sur le fils du Président, histoire qui nous le savons tous a désormais largement franchi nos frontières.
Cet homme d'affaires allemand "alpague" donc le pdg Français pour lui dire tout le "bien" qu'il pense de Jean Sarkozy, fils du Président, candidat à la tête de l'Epad.
Et de plaisanter avec le pdg Français.
J'ai un scoop dit-il : "le chien de la femme du Président sera bientôt à la tête de la SPA".
Cette anecdote en dit long sur l'image de la France à l'étranger, je n'aimerai pas faire partie de ceux qui auront le droit de suivre le Président dans son prochain voyage à vocation économique à l'étranger. Sauf à s'attendre à se faire chambrer par ses hôtes sans pouvoir y répondre car on y sera pour affaires.
Reste que la place accordée à cette "affaire" en face de l'exhortation du FMI aux pays développés pour réduire leur dette publique (Le Monde du 14 octobre 2009) montre que la classe politique française s'égare à nouveau comme elle en a la triste habitude au lieu de trouver des solutions à cette montagne de dette, telle une montagne de déchets qu'elle sait créer et développer, mais rarement traiter comme il se doit.
Les entrepreneurs qui feraient cela comme les particuliers d'ailleurs seraient morts et enterrés depuis bien longtemps.

mardi 13 octobre 2009

Un Nobel d'économie marquant

par Didier Testot

Un clin d'oeil au prix Nobel d'économie décerné cette semaine à une Américaine, Elinor Ostrom, première femme récompensée et à un Américain Olivier Williamson, pour leurs travaux montrant que l'entreprise et les associations d'usagers sont parfois plus efficaces que le marché.
Dans la sortie de crise que tout le monde souhaite sans avoir aucune idée du moment de sa matérialisation, le débat sur l'efficacité de l'Etat et l'efficacité des acteurs privés, les banques dans cette crise financière, restent d'actualité, si l'on veut en tirer des leçons efficaces.
Selon le comité Nobel, lors de la remise du prix devant la presse : «Ils veulent comprendre des organisations qui ne sont pas des marchés (...) et ils montrent comment ces institutions résolvent les conflits».
Elinor Ostrom, de l'Université d'Indiana, est récompensée par le comité «pour avoir démontré comment les biens communs peuvent être efficacement gérés par des associations d'usagers». Selon le comité toujours,
elle a «remis en cause l'idée classique selon laquelle la propriété commune est mal gérée et doit être prise en main par les autorités publiques ou le marché».

En se fondant sur de nombreuses études sur la gestion par des groupes d'usagers des ressources en poissons, en élevage, les forêts ou les lacs, la lauréate Elinor Ostroma a démontré que leur organisation était souvent meilleure que ne le croit la théorie économique.



Source : photo AFP

Du côté d'Oliver Williamson, enseignant à l'université de Californie de Berkeley,, le Nobel a récompensé son "analyse de la gouvernance économique, notamment les frontières de l'entreprise». Olivier Williamson expose dans sa théorie que l'entreprise s'est imposée comme modèle économique dominant parce qu'elle facilite la gestion des conflits et réduit les coûts grâce à la hiérarchie, mieux que les marchés où dominent souvent les négociations et les désaccords. Selon le Comité Nobel, L'inconvénient, souligné par la théorie de l'organisation de Williamson, est que "l'autorité peut être abusée".

Faut-il voir dans ce prix Nobel d'économie un effet d'annonce alors que la croyance "en ce que les marchés financiers ont toujours raison" reste d'actualité, malgré l'ampleur de la crise, et alors que certains acteurs ont déjà la tentation de replonger dans les erreurs du passé ?

C'est toute l'originalité de ce prix d'économie, qui à l'origine ne faisait pas partie du Nobel, et cette distinction apporte en tout cas au débat économique.

samedi 3 octobre 2009

La leçon de BNP Paribas à l'Etat

par Didier Testot

L'acteur de la semaine économique et financière qui vient de s'écouler est sans conteste la banque BNP Paribas.
Avec le G20 qui s'annonçait à grand fracas de mesures de régulation financière, les lendemains auraient pu être plus délicats à gérer, "l'affaire" du bonus des traders de BNP Paribas restant dans les esprits.
Dans cette semaine post G20, BNP Paribas a pu au contraire montrer toute sa détermination pour continuer sa route seule en renvoyant l'Etat Français dans ses buts.
Après un été ou Baudoin Prot son Directeur général avait du s'incliner convoqué à l'Elysée devant les caméras, il était temps de reprendre la main.
BNP Paribas l'a fait en deux temps :
D'abord, une interview sur Europe 1 avec un intervieweur spécialiste des marchés financiers, tout le monde le sait, j'ai nommé Jean-Pierre Elkabbach, histoire de débroussailler ou de déminer le terrain.
Des questions Elkabbach en a toujours en poche comme celle sur Angela Merkel,pour une petite phrase qu'il a d'ailleurs récolté : "C’est très important qu’Angela Meckel soit reconduite. Pour nous, le moteur économique allemand reste essentiel", dixit Baudoin Prot. C'est de l'info ! Baudoin Prot certes peut avoir un avis sur Angela Merkel, mais est-ce vraiment un avis déterminant ? Pourquoi l'interroger sur l'Allemagne ? Ou encore Elkabbach toujours en verve :"C'est donc bien la peur du gendarme...(sic)", Baudoin Prot reste contris sur un fauteuil Europe 1 du meilleur goût, dépassant derrière les épaules de Prot, pourtant assez carré.




En conclusion de cette interview matinale, le sujet essentiel est enfin traité : L'Etat quand allez-vous rembourser, interroge Elkabbach. Avant le 30 juin répond Baudoin Prot.
Conclusion de Jean-Pierre Elkabbach : Il faudra du temps pour améliorer l'image des banquiers"... et l'allégeance arrive à la vitesse du TGV "mais vous y contribuez... vous êtes là".
Fin du premier acte.

Le second tombe dès le lendemain matin à 7h01 avec un communiqué au titre édifiant :

Communiqué de presse : "BNP Paribas va réaliser une augmentation de capital de 4,3 milliards d’euros et rembourser les 5,1 milliards d’euros d’actions de préférence de l’Etat français".

"Le Conseil d’Administration de BNP Paribas s’est réuni le 25 septembre 2009 sous la présidence de Michel Pébereau. BNP Paribas va rembourser dès octobre les 5,1 milliards d’euros d’actions de préférence souscrites le 31 mars par l’Etat français, et lui verser une rémunération de 226 millions d’euros calculée sur 7 mois. Il était convenu dès l’origine avec les pouvoirs publics et l’Union Européenne que cette participation serait remboursée dès que possible. Son coût était d’ailleurs progressif de manière à inciter à un remboursement rapide. Les 5,1 milliards d’euros seront remboursés grâce à une augmentation de capital de 4,3 milliards d’euros, combinée à la création de fonds propres résultant notamment du paiement du dividende en actions (0,75 milliard d’euros) et de l’augmentation de capital réservée aux salariés (0,26 milliard d’euros).".

Le titre BNP-Paribas bondit en Bourse lors de cette annonce. Voilà donc comment en une semaine, BNP Paribas a pu rebondir en termes d'image avec succès, et donner une leçon d'efficacité à l'Etat qui lui n'a pas cru bon faire une plus-value boursière (Libération du 1er octobre).
C'est vrai que l'Etat n'a pas besoin d'argent, quelques milliards d'euros pour un déficit de 140 milliards d'euros.