vendredi 22 avril 2011

Renault : Bad Governance Made in France

par Didier Testot.
Lorsqu'on s'intéresse à la Bourse de Paris, il faut toujours avoir le réflexe actionnaires. Qui est actionnaire de la société ? Quels dirigeants ? Pour mieux comprendre le fonctionnement d'une entreprise. Le cas Renault est retombé dans l'oubli médiatique grâce à une interview de Carlos Ghosn dans les Echos indiquant sa "conviction que, pendant une crise, un capitaine n'abandonne pas le navire. Le Pdg de Renault et de Nissan a donc sauvé sa tête et tout le monde y compris l'Etat serait content.
Pourtant, c'est le même Carlos Ghosn qui avait fait rêvé les analystes financiers et les investisseurs en leur promettant une marge opérationnelle de 6%.
Comme pour les hommes politiques, les dirigeants d'entreprises devraient être soumis à leurs promesses : Le contrat 2009 élaboré par Carlos Ghosn était ambitieux comme toujours : "Renault, constructeur généraliste européen le plus rentable. La performance de l’entreprise sera mesurée par la croissance de la marge opérationnelle, dont l’objectif est d’atteindre 6% en 2009. Ce niveau record sera dépassé dès l’année suivante. Cet objectif permettra d’assurer durablement la position de constructeur généraliste européen le plus rentable".
J'avais eu l'occasion de partager ce chiffre de 6% avec un équipementier qui m'avait dit texto : "Il est fou, pourquoi donner ce chiffre, ce n'est pas possible..." Pourtant les investisseurs subjugués par la baraka de Carlos Ghosn le suivront jusqu'à la chute et la confirmation que Renault ne pouvait pas réaliser une telle performance.
L'affaire d'espionnage qui a défrayé la chronique reléguant Renault dans la rubrique des faits divers ne peut pas être imputée au seul Directeur Général Patrick Pelata. 
A moins que le capitaine du navire estime qu'il n'a rien vu, rien fait, pendant toutes ces années. A l'origine il était venu comme le "cost killer",  "apprécié" comme d'autres dans l'industrie pour ses qualités de réducteur de coûts. 
Au final Renault ne produit plus grand chose en France, il a "réussi" sur ce plan,  mais la question principale devrait être :
Est-ce que Renault Nissan est une réussite pour Renault ? 
A en juger par la pdm de Renault en Europe et la place de leader d'un Volkswagen son voisin et rival historique, l'Alliance n'a pas apporté tous les effets escomptés. 
Et qui est capable aujourd'hui de dire en voyant une "Latitude" passer dans la rue, tiens c'est une Renault ? Le style Renault insipide des dernières années n'a pas aidé. La Laguna ou le Scenic étaient déjà de vieux modèles dès leur sortie. 
Un autre contact dans l'industrie automobile me disait, le pdg pense "que les gens doivent faire des efforts pour reconnaître une Renault" et ce n'est pas à Renault de s'adapter ! 
A voir la concurrence, les autres constructeurs ne demandent pas tant d'efforts. Une Audi est reconnaissable, une BMW aussi comme PSA qui vient de faire avec ses deux marques Peugeot et Citroën une vraie évolution dans le design, qui est au coeur de la réussite depuis longtemps dans l'automobile.

Alors Carlos Ghosn intouchable parce qu'il a la clé de l'évolution de l'Alliance Renault Nissan ? C'est à ce jour le cas et l'Etat semble s'en satisfaire.
Est-il heureux à ce point de constater que la  capitalisation de Renault en Bourse moins de 11 milliards d'euros fragilise le groupe et la marque française ?
On ne peut pendant des années incarner un groupe, deux marques, une alliance, et dire je reste parce que la crise est grave. Les politiques le font sans vergogne depuis des années, après des échecs, les dirigeants d'entreprises doivent assumer. Je n'imagine pas si Renault était encore un groupe familial une telle issue.
Renault a besoin, l'affaire d'espionnage bidon étant intervenue au pire moment, de sang neuf pour incarner une stratégie qui jusque là après le "cost killer" s'est finalement enlisée dans la "bad governance".

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