lundi 30 mai 2011

Meetic : Marc Simoncini dans le "Fantastic" ou le "Pathétique"

par Didier Testot.
Vous le savez sur le Blog  LA BOURSE ET LA VIE,  pas de compromis, pas de langue de bois, juste ce qu'un journaliste pense de l'actualité économique, avec son expérience, son regard forcément subjectif car personnel, et voilà que Marc Simoncini s'est invité dans ce blog, alors qu'hier soir, un dimanche, j'avais "retweeté" son Tweet avec ce message : "Enfin vous avez trouvé un acheteur ! RT : Fantastic news to come tomorrow... #Meetic", information confirmée le lendemain, aujourd'hui donc. 
Cela faisait des mois il faut dire qu'il avait annoncé ici et là qu'il vendait sa participation, faisant déjà baisser le cours du titre par cette seule information, dont je n'ai pas pu à ce jour comprendre l'objectif. 
Nous y sommes, il fallait trouver un prix de vente acceptable pour les deux parties, Match.com déjà actionnaire (avec 26,5% du capital) et le fondateur Marc Simoncini. Ce sera donc 15 euros. Comme me le rappelait un gérant spécialite des Midcaps, l'introduction avait eu lieu à 24 euros. 15 euros pour Meetic c'est donc le prix auquel le fondateur du site, a accepté l'offre de son partenaire, après des mois de discussions.


site http://fr.match.com/

Alors forcément ça râle pour certains actionnaires minoritaires qui pensaient trouver la perle rare avec Meetic, et qui en sont pour leur frais. L'action Meetic n'était pas de première jeunesse, et son pedigree pas forcément aussi beau qu'on voulait l'admettre. Mais est-ce vraiment pathétique ou juste une sortie réussie pour Marc Simoncini ? 
Première remarque, reconnaissons que pour les actionnaires minoritaires, peu peuvent dire qu'avec les valeurs internet, ils ont vraiment gagné de l'argent, sauf du temps de la bulle, avec les achats/ventes qui avaient fait le bonheur des banquiers également.
Là, c'est une autre affaire, Marc Simoncini leur avait donné les clés de la compréhension : "je suis vendeur, je suis vendeur...." avait-il déclamé là où il passait. 
Ceux qui sont restés n'avaient donc rien compris. Pas besoin de comprendre toutes les polyphonies corses, celui qui crie : "vendeur", "vendeur" ; il nous dit "sauve qui peut" en Corse, barrez-vous vite avant que je sorte (traduction libre mais plutôt fidèle).
Venir se plaindre aujourd'hui peut donc paraître décalé. Meetic à 15 euros, c'est un bon plan pour Match.com, et pour Marc Simoncini, qui doit avoir eu les titres autour de 10 centimes (il ne me l'a pas confirmé). 
C'est aussi une nouvelle illustration qu'investir en Bourse, ce n'est pas juste parce que le Pdg passe bien à la Télé et donne beaucoup d'interviews aux journalistes et que sa marque est connue. Meetic est apparemment une belle marque, on verra si Match.com la conserve dans les prochains mois. Marc Simoncini gardera 1,6 M de titres représentant environ 7 % du capital et restera au conseil du groupe.
Mais Marc Simoncini est déjà ailleurs avec Jaina Capital, son fond d'investissement dans des start-ups dont il s'est fait une spécialité. "Serial entrepreneur", il est aujourd'hui avec d'autres en train d'investir dans des entreprises dont il espère en faire les leaders de demain. Son expérience Meetic en Bourse lui a servi, elle montre aussi qu'elle peut avoir des limites. 
Hors de la Bourse, il aura des comptes à rendre uniquement à des personnes privées qui auront eu besoin de son argent. Ce sera forcément plus confortable pour lui, en oubliant pas les risques qu'il prend. 
Le reverra-t-on en Bourse ? Les gérants ont la mémoire longue, s'ils ont gagné de l'argent avec lui, ils reviendront, si ce n'est pas le cas, ils le snoberont même s'il sort une nouvelle et belle start-up incubée.
La "Fantastic news to come tomorrow" de Marc Simoncini fait penser à ce style américain qu'il pratique assez bien : "Amazing", pas pour tout le monde, rien d'étonnant finalement...

dimanche 22 mai 2011

Adriana Karembeu aussi a eu droit aux honneurs de la presse

par Didier Testot.
L'affaire DSK, dont j'ai parlé récemment, personnage important de la vie politique et économique, a révélé la manière dont la presse vit avec ses politiques. Elle vit avec eux, elle en est proche, au point de trouver normal pour un homme politique d'être "insistant" auprès des femmes. Les travers de nos hommes politiques font partie du café du commerce, de la gaudriole à la Française, c'était pas grave nous disait-on. Dominique Strauss-Kahn "acquitté" comme le vend son avocat, verrait ces mêmes journalistes "initiés" (quelques journalistes parisiens ayant le monopole de la parole) nous dirent : Alors vous avez vu hein, c'était pas grave, il est innocent. 
Pourquoi je vous dis tout ça ? Un petit dossier m'y a fait pensé ce dimanche, car je me suis dit, finalement, avec de la notoriété, tu peux gérer ton image et les journalistes rappliquent, sans aller à la source, c'est-à-dire, chercher des informations vérifiables et vérifiées et ne pas se contenter, de ce que le conseiller, l'invitation presse, nous vend. Et voilà que je suis tombé sur Adriana Karembeu ! 
Femme, mannequin, souriante, connue par son prénom et son nom de famille grâce à son mari, héros de la Coupe du Monde en 1998, mais aussi par ses actions en faveur de la Croix-Rouge, dont on cherche toujours la présence au feu rouge, sans succès. Voilà donc Adriana Karembeu qui après s'être séparée de son mari (ParisMatch), se lance dans les affaires, on parle d'introduction en Bourse. Les premiers articles que j'ai lu étaient plutôt flatteurs et ceux que l'on peut voir sur internet aussi : "Adriana Karembeu entre en Bourse".
Comme d'habitude, le ton est donné par l'AFP "L'ancien top model Adriana Karembeu a présenté mercredi l'opération d'introduction en Bourse de sa société de cosmétiques AKD sous les flashes et les caméras au Palais Brongniart, ancien siège de la Bourse à Paris. Avec un chiffre d'affaires de 909.000 euros en 2010 et une perte nette de 382.000 euros, AKD, qui emploie 14 personnes, espère lever entre 1,25 et 1,66 million d'euros pour son entrée sur le marché libre: l'opération est modeste, mais sa présentation mercredi a toutefois suscité la curiosité de nombreux journalistes. En robe noire cintrée, perchée sur de hauts talons, la vedette du jour s'est prêtée volontiers au jeu d'un "photo call" devant les colonnes du Palais Brongniart, comme aux plus belles heures de sa carrière de mannequin star". Tout est dit dans cette phrase de la dépêche de l'AFP, peu importe le flacon pouvu qu'on ait l'ivresse.
Du coup, plutôt que de m'intéresser à la plastique d'Adriana Karembeu, j'ai fait par réflexe (ancien porte-parole de la COB, cela laisse des traces), un tour du document pour l'inscription au marché libre, marché non réglementé, où les entreprises ne sont pas soumises à la transparence de l'information, mais cela n'intéresse pas les journalistes.
AKD, le nom de sa société "développe, produit et commercialise une gamme de cosmétiques, dont le composant principal est le silicium organique, destinés à la vente en instituts de beauté et spas, dont les spas "Adriana Karembeu" gérés en propre ou franchisés". Objectif à 5 ans : "devenir le premier réseau marque/enseigne professionnel de la beauté et du bien-être en France avec 55 spas sous-gestion"....Ambitieux, normal on vient en Bourse.
Après le tableau page 9 du prospectus affichant une croissance du chiffre d'affaires et une réduction de la perte d'exploitation comme de l'endettement financier,  la société indique : "elle ne dispose pas à la date de visa sur le présent prospectus, d'un fonds de roulement net suffisant pour faire face aux obligations et à ses besoins de trésorerie d'exploitation des douze prochains mois". L'article d'un hebdomadaire financier mentionne le caractère spéculatif de l'investissement mais pas cet élément clé
Il montre simplement que l'entreprise a besoin d'argent frais et que la Bourse doit y pourvoir. Les flashs au Palais Brongniart ont donc d'abord cet objectif, trouver de l'argent frais. 
Pour être encore plus précis : "A la date d’établissement du présent Prospectus, les ressources disponibles de la société permettront à la Société de poursuivre son développement et de couvrir ses besoins jusqu’au troisième trimestre 2011. Le besoin nécessaire pour faire face aux dépenses et engagements au cours des 12 prochains mois suivant la date d’obtention du visa sur le présent Prospectus est estimé à 600 K€. Le montant levé dans le cadre de l’introduction en bourse de AKD, compris entre 1,25M€ (sur la base d’un prix de 1,21 euros par action) et 1,66M€ (sur la base d'un prix de 1,39 euros par action et clause d'extension incluse), permettra ainsi à la Société de disposer de la trésorerie nécessaire sur les douze prochains mois." Si la Bourse ne marche pas la société fera des emprunts. Toujours dans les facteurs de risques, à propos du fonctionnement d'AKD, le prospectus indique :  "Les risques liés au fonctionnement d’AKD - Risques liés au produit : un risque subsiste quand à l’efficacité du silicium, et à ses effets long terme sur la santé ; - Risque lié à la production : cette dernière est dépendante du silicium et du chimiste la produisant." 
La dépêche de l'AFP ne s'est pas intéressée à ces risques, elle cite en revanche Adriana Karembeu qui déclare : "Ma peau est mon fonds de commerce"(...) "Je suis très exigente sur la qualité des produits". 
Pourquoi aller chercher la petite bête et poser les questions qui figurent en toutes lettres dans le prospectus et gâcher la fête ? Amusant : Christian Karembeu est d'ailleurs toujours au capital de la société, avec 1,88%. 
Le plus étonnant car repris par aucun article récent est en page 31 du prospectus : "A titre d’information et suite aux déclarations de Madame Adriana Karembeu du 10 mars 2011, annonçant sa séparation avec son époux, Monsieur Christian Karembeu, il convient de préciser que, dans le cas où une procédure de divorce serait entamée entre les deux parties, Madame Adriana KAREMBEU pourrait perdre son nom d’épouse au profit de son nom de jeune fille. Dans une telle hypothèse, elle ne pourrait plus utiliser le nom « Karembeu » dans la communication ainsi que sur les produits distribués par AKD, ce qui aurait un impact significatif sur la Société, son activité, sa situation financière, ses résultats et son développement
 C'est long un prospectus, et avec Twitter, Facebook, et la rapidité des réactions sur le Web, difficile de prendre le temps. De même que comprendre comment Adriana Karembeu va vivre du développement de sa société, il faut aller jusqu'à la page 71, certains dorment déjà : "Madame Adriana KAREMBEU a consenti à votre société une licence exclusive d’exploitation, pour une durée de 25 ans, pour le monde entier, des marques et logo cédés aux conditions financières suivantes : -    1ère année : 5.000 euros -    Puis 3% du chiffre d’affaires jusqu’à 10 millions d’euros (minimum 20.000 euros), 2% du chiffre d’affaires entre 10 millions et 50 millions d’euros, 1% du chiffre d’affaires au-delà de 50 millions d’euros." 
Depuis sa création, la société n'a fait que des pertes, page 80. 
Voilà je m'arrête là, c'est clair, on aurait pu faire d'autres articles que ceux publiés y compris la dépêche de l'AFP qui en général donne le ton. Mais Adriana Karembeu est médiatique, comme le dit encore le prospectus AMF :  "La communication est quasi intégralement axée sur la notoriété d’Adriana Karembeu, celle-ci reposant sur sa carrière de mannequin professionnel, lui permettant d’être invitée très régulièrement par les grands médias (Emissions TV de TF1, M6, etc...., presse grand public)". Elle sera donc invitée et choyée, pourquoi aborder le fond ? 
Parler des risques, oui comme avec Dominique Strauss-Kahn, simplement pour faire son travail, si on a des éléments qui amènent des questions, on les pose, ensuite on a la réponse. Et chacun est libre de prendre les risques qu'il estime devoir prendre. On peut croire au projet d'Adriana Karembeu, on peut malgré sa célébrité relever des questions essentielles, tout en souhaitant qu'elle réussisse son projet. 
La notoriété n'est pas gage de vérité, elle est gage d'une vérité. A charge pour les journalistes d'essayer de faire la part des choses. Sans excès, avec intégrité et professionnalisme si possible.

lundi 16 mai 2011

Lettre à Dominique Strauss-Kahn Homme d'Etat Français né le 25 avril 1949

par Didier Testot.
Il y a quelques temps déjà j'avais écris une lettre à Liliane Bettencourt car le déferlement médiatique, les simplifications, et l'hypocrisie des puissants m'avaient choqué. J'avais ressenti ce besoin de commenter l'évènement. 
Dominique Strauss-Kahn, vous occupez mon esprit depuis ce dimanche matin ou ouvrant mon ordinateur et Twitter, je suis tombé sur la nouvelle concernant votre présumée agression sexuelle contre une femme de chambre au Sofitel de New York qui vous a conduit devant un juge américain. La journée d'aujourd'hui après les photos d'hier viennent de vous condamner aux yeux de nombreuses personnes en France et dans le Monde.
Devenu simple prévenu devant un Tribunal de Harlem dont les chaines Tv d'informations ont relayé l'image d'un homme avec des menottes, vous étiez il y quelques jours, non pas l'un des hommes les plus puissants du Monde, mais celui qui avait les clés d'une reprise économique mondiale équilibrée, mais aussi le seul qui pouvait défendre l'Europe contre les jusque-boutistes qui poussaient la Grèce en dehors de la zone. Casser la zone euro, diviser une Europe faible, face à l'Empire américain qui venait de retrouver sa fierté avec l'exécution de Ben Laden, vous étiez le seul rempart d'envergure, capable en plusieurs langues de tenir tête à vos contradicteurs.

 (Photos recherche Dominique Strauss-Kahn sur Google Images, pas encore de photos à Harlem)

Vous voilà donc embarqué dans la tourmente judiciaire américaine, dont nous connaissons tous les détails grâce aux fictions, les fameux "Experts", dont nous abreuvent TF1 et les autres, nous savons que tout est possible et notamment que si vous êtes reconnu coupable, des années et des années de prison vous attendent... 
A la lecture de la plainte déposée contre vous (cf Rue 89 qui en publie une traduction), on se dit que l'accusation est très grave, on pense à la victime, et ce qui se passe est juste une procédure normale. 
On aurait aimé un autre destin même s'il est facile aujourd'hui pour les "journalistes" éditorialistes de dire qu'ils connaissaient, vous concernant, votre penchant pour les femmes et que donc, votre passage à l'acte supposé, en serait une conséquence probable.
J'avais eu l'occasion de voir votre interview TV par l'agence Reuters, il y a plusieurs mois de cela et vous m'aviez impressionné à l'époque. Je m'étais dit mais quel homme politique français pourrait prétendre à votre place, ne pas être ridicule ?
Parmi ceux qui rêvent de la Magistrature suprême pour 2012, lequel ? laquelle ? serait capable de faire une interview aussi argumentée et en Anglais ? Ce n'est pas un critère pour un Président Français ? C'est pourtant là que nos dirigeants pourraient enfin mieux comprendre le Monde. S'ils parlaient aussi anglais couramment. Aujourd'hui, c'est à l'Onu, au G20, au FMI que cela se passe, pas à Paris. Nous avons besoin de dirigeants français capables de tenir tête et/ou de convaincre des dirigeants connus et émergents. Si les faits sont avérés, votre côté obscur l'aura emporté, si au contraire, la démonstration de votre innocence est faite, quel gachis, alors que la France a besoin d'hommes d'Etat réformateurs,  mais comprenant où va le Monde, arrêtant de jouer sur les peurs des Français. La France doit trouver sa place dans la Mondialisation en arrêtant de regarder son passé comme seul avenir.

Un père n'est jamais parfait, mais il doit à ses enfants la vérité, j'espère que la votre aura peu de choses à voir avec les images et les commentaires que nous avons pu lire lors de ces 24 heures de folie qui vous ont condamné. Si vous avez franchi les limites qui sont celles d'un homme civilisé,  la France aura perdu l'une de ses rares personnalités capables de la faire avancer, mais pour le coup sans regrets. Car nous avons besoin d'hommes politiques d'envergure, sans pour autant franchir les limites de l'inacceptable. L'important est de ne jamais désespérer.