dimanche 19 août 2012

Patrick Ricard Pdg discret d'une entreprise devenue mondiale

par Didier Testot
C'est avec surprise que j'ai appris le décès de Patrick Ricard, l'ancien Pdg du groupe Pernod Ricard, en ouvrant ma messagerie, un peu trop tôt, ce dimanche matin. Surprise, parce que je l'avais croisé en juin dernier au Centre Georges Pompidou, lors d'une exposition parrainée par le groupe, où il saluait ses invités. J'avais eu l'occasion à ce moment-là d'échanger quelques mots avec lui et d'évoquer le nouveau media que j'avais créé, la Web Tv http://www.labourseetlavie.com. Et s'il avait passé la main directionnelle à Pierre Pringuet, il était encore largement présent au siège de Pernod Ricard et continuait ses visites de sites du groupe.
Mes souvenirs personnels avec lui, sont principalement ceux lors des interviews de Bloomberg Télévision, et s'il est difficile de juger, à chaque passage de tel ou tel dirigeant, de sa qualité, une impression demeure selon le style du dirigeant.
Patrick Ricard avait un sens commercial aigu, étant capable de décliner l'envergure de son groupe et d'argumenter sur son évolution, de manière assurée. Il en était pourtant presque resté modeste, malgré des acquisitions majeures, c'est cette modestie qui m'avait le plus frappée.

Patrick Ricard (Photo extraite de la vidéo Groupe Pernod Ricard)
Patrick Ricard comme pour d'autres dirigeants que j'avais interviewé, est, et restera, l'artisan de la forte internationalisation du groupe, mais au-delà, un stratège discret, mais qui a su, dans ce marché concurrentiel, les vins et spiritueux, aller chercher la tête du secteur, alors que des erreurs ou des hésitations auraient pu le cantonner à la version que retiennent encore certains medias aujourd'hui : "le roi du Pastis".
La Maison des Marques (site Pernod Ricard) 

Certains commentateurs considèrent même que cela peut être un de ses échecs de ne pas avoir réussi à l'exporter, ce pastis, mais c'est sans doute par ignorance, car ils ne connaissent pas ce secteur, qui en quelques années à complètement changé. L'important n'est pas le Pastis à tout prix, même s'il rapporte des marges plus que confortables au groupe, mais d'avoir su capter, grâce à des acquisitions consolidantes, l'évolution du marché mondial avec d'autres marchés : Whisky, Vodka ..
Cette "Maison des marques" qui figure sur le site du groupe Pernod Ricard, en est l'illustration avec ce considérable portefeuille, et une constance, à partir des acquisitions, montée en gamme, vers ce que les acteurs du secteurs appellent, une marque "Premium" et qui apparaissent dans cette Maison Pernod Ricard.
Les acquisitions justement, c'est la clé pour n'importe quel groupe du CAC40 sur les dix dernières années pour rester dans la course ou la gagner. Mes rencontres avec Patrick Ricard ont débuté au début des années 2000 durant cette période, même si je connaissais déjà le groupe et ce fut une période intense : 2001, le rachat de 39,1% des activités vins et spiritueux de Seagram et acquisition de Wyborowa (Vodkas), suivi en 2005 d'Allied Domecq, en partenariat avec Fortune Brand, nouveau doublement de taille et devient le numéro deux mondial pour en 2008 avec Absolut (Vodka) devenir le co-leader mondial.

Dix années qui ont façonné ce groupe, lui ont donné un élan déterminant pour atteindre ce niveau, sans que Patrick Ricard ne soit omniprésent dans les medias et reconnu ou célébré par les fameux "Prix du meilleur Prix du plus ...". Et c'est sans doute ce qui est le plus étonnant dans cette aventure, la vraie "saga" Pernod Ricard, a été réalisée presque dans la discrétion, et ce n'est pas une tare, au contraire.
Patrick Ricard avait les idées claires sur sa stratégie pour changer la dimension du groupe, et il l'a fait sans doute en "étonnant son monde", et c'est finalement lorsqu'il est devenu co-leader mondial, que la plupart des medias réalisaient alors le parcours accompli. Une discrétion gagnante.

Bien sûr il n'est pas facile de parler "vins et spiritueux", sans parler alcoolisme, prévention, mais si chaque entreprise dans son secteur doit prendre en compte sa responsabilité, elle n'a pas non plus à "s'excuser" pour son développement mondial. Une vision et un positionnement. Comme le souligne le groupe, 2010 était l'année où "la région Asie et Reste du Monde devenait la première région du groupe".
Sans renier ses origines, le Pastis, le groupe a pu construire sa "Maison des Marques", et si le Pastis n'a pas conquis le Monde, le Whisky, encore loin du Cognac en Asie, a déjà confirmé tout son potentiel. Un groupe n'est pas là pour regarder le passé avec nostalgie, et ne pas évoluer, mais doit au contraire trouver dans ses racines, l'occasion d'évoluer pour se faire sa place au soleil.
Un groupe familial, avec ses règles de fonctionnement et qui parmi celles-ci a bien évidemment, le soucis de la transmission d'un certain savoir-faire, c'est ce qu'évoque Patrick Ricard, à la fin de cet interview, extraite d'une vidéo fournie par le groupe.


Pernod Ricard, dans le secteur des vins et spiritueux s'est donc fait une place prééminente, et ces dix dernières années ont été essentielles pour le groupe.
Le décès de Patrick Ricard au-delà de ses proches, aura des conséquences pour le groupe. C'est le lot des groupes familiaux qui s'ils ont la durée avec eux pour se transformer, ne maitrisent en revanche pas toujours le moment des transmissions. 
Pernod Ricard, qu'on se le dise, c'est bien plus que le Pastis, avec 18.000 collaborateurs et 107 sites de production, l'aventure continue.

Vidéos concernant la stratégie de Pernod Ricard : Avec Gilles Bogaert Directeur Financier du groupe, sur la Web Tv http://www.labourseetlavie.com :