dimanche 23 septembre 2012

Sans la Fed, les banques françaises auraient-elles pu survivre ?

par Didier Testot
Faire son travail de journaliste consiste parfois après avoir reçu un courriel, d'aller chercher une information donnée comme certaine par l'auteur du message.
Dans le cas présent, sa réthorique concernait l'échec des politiques monétaires, et notamment de celle de la Réserve Fédérale américaine. Dans le même message, il pourfendait les aides données aux banques, incluant les banques françaises. Et c'est là que je fus interpellé !
Je n'avais jamais vraiment entendu parlé d'aides de la Réserve Fédérale américaine (Fed) aux banques françaises. Mon premier réflexe, après l'étonnement, vu les montants annoncés, fût d'aller vérifier, en me disant qu'il devait y avoir une erreur.
Je me souvenais bien du plan de François Fillon, alors Premier Ministre, en faveur des banques françaises au pire moment, en 2008, après la faillite de Lehman Brothers, réaction logique, afin d'éviter la panique. Mais de la Fed, rien !
Interrogeant un spécialiste du secteur bancaire, il me confirmait ces informations, mais en faisant une recherche plus profonde, pas vraiment d'articles sur le sujet et aucun souvenir de "Une" sur le sujet.
Au contraire même, les articles de presse de cette période mentionnaient plus le redressement spectaculaire des résultats des banques françaises, et donc la vertu de leur modèle, contrairement aux "vilaines" banques anglosaxonnes !
Pourtant le Rapport du GAO (Gouvernment Accountability Office) en juillet 2011, sorte de Cour des Comptes Américaine, donne tous les détails, et ils sont impressionnants par les montants en jeu.
A l'échelle de Citigroup, 2.513 milliards de dollars sur les différents programmes, pour mémoire le PIB de la France est autour de 2.000 milliards d'euros.
Et pour les banques françaises ?

BNP Paribas est en tête et a reçu pas moins de 175 milliards de dollars oui bien 175 milliards de dollars !

GAO (Gouvernment Accountability Office, Rapport de Juillet 2011)

Viennent ensuite Dexia, dont on connaît le succès par la suite, avec 159 milliards de dollars, puis la Société Générale avec un "petit" 124 milliards de dollars.

Durant la période de 2007 à 2010, le modèle de banque universelle, défendu en coeur par les responsables des grandes banques françaises, aurait-il pu tenir sans les aides de la Fed ? C'est bien là la question, alors que l'Europe ( et la France en particulier) cherche toujours une solution pour son modèle de banques.

TAF, PDCF, TSLF, CPFF, sans ces programmes de financement de la Fed, le système bancaire mondial aurait vécu une nouvelle fois la crise de 1929, lorsque les "mauvaises" banques avaient
disparu !

Autre document sur le sujet, via l'agence Bloomberg qui avait été commenté, cette fois-ci, avec les montants et les moments clés : "Bloomberg : The Fed’s Secret Liquidity Lifelines"

De 2007 à 2010, ces montants importants ont donc été essentiels, et si le trader Jérôme Kerviel a fait la Une des journaux avec une perte qui lui a été imputée, de 5 milliards d'euros, (pour les Traders Perdus, une association a été créée via la Web Tv www.labourseetlavie.com  : Humour), on voit bien que l'enjeu était ailleurs et que la Fed a bien été au centre du sauvetage mondial des banques. Les banques françaises n'ont pas échappé à la règle.

La question est donc posée, le modèle de banque universelle, défendu bec et ongles par les banques françaises aurait-il tenu sans l'aide de la Fed ? 

Je n'ai pas à ce jour la réponse, certains analystes le pensent et préconisent une séparation claire des activités via un retour au Glass Steagall Act, c'est le cas de Christophe Nijdam, analyste chez Alphavalue : Vidéo .

Le pdg de la Société Générale, Frédéric Oudéa,  que j'avais eu l'occasion de rencontrer à Paris Europlace, en juillet dernier, n'est pas de cet avis : Vidéo Société Générale.

A Bercy, chez Pierre Moscovici, le Ministre de l'Economie, tous ces éléments sont censés être connus. Nous verrons dans les prochains mois, ce qui finalement est retenu par le Gouvernement, l'enjeu est pourtant clair, en France, sans les banques, il n'y a pas de financement de l'économie, mais sans quel type de banques exactement ?



Derrière ces noms inconnus du grand public :

TAF : Term Auction Facility : La Réserve Fédérale vend aux enchères des fonds aux institutions. En vertu de la Term Auction Facility (TAF), la Réserve fédérale va vendre aux enchères des fonds aux institutions de dépôt à terme. Toutes les institutions de dépôt qui sont admissibles à emprunter dans le cadre du programme de crédit primaire seront admissibles à participer aux adjudications TAF. Toutes les avances doivent être entièrement garantis. Chaque enchère TAF sera pour un montant fixe, avec un taux déterminé par le processus d'enchères (sous réserve d'un taux de soumission minimal).Les offres seront soumises par téléphone par le biais des banques locales de la Réserve. La vente aux enchères terme définitif aux enchères Facilité a été réalisée le 8 Mars 2010.

PDCF : The Primary Dealer Credit Facility (PDCF) is an overnight loan facility that will provide funding to primary dealers in exchange for any tri-party-eligible collateral and is intended to foster the functioning of financial markets more generally. (La facilité de Primary Dealer Credit (PDCF) est une facilité de prêt durant la nuit qui offrira un financement aux primary dealers en échange d'une garantie tripartite éligibles et vise à favoriser le bon fonctionnement des marchés financiers en général.)

TSLF : The TSLF is a 28-day facility that will offer Treasury general collateral (GC) to the Federal Reserve Bank of New York’s primary dealers in exchange for other program-eligible collateral. It is intended to promote liquidity in the financing markets for Treasury and other collateral and thus to foster the functioning of financial markets more generally.(Le TSLF est une installation de 28 jours qui offrira des garanties du Trésor général (CG) de la Federal Reserve Bank de New York primary dealers en échange d'un autre programme, des garanties éligibles.Il est destiné à favoriser la liquidité dans les marchés de financement de trésorerie et d'autres garanties, et favoriser ainsi le bon fonctionnement des marchés financiers en général.)

CPFF : The Commercial Paper Funding Facility (CPFF) was created in October 2008 to provide a liquidity backstop to U.S. issuers of commercial paper. The CPFF was designed to improve liquidity in short-term funding markets and thereby contribute to greater availability of credit for businesses and households. Under the CPFF, the Federal Reserve Bank of New York financed the purchase of highly rated unsecured and asset-backed commercial paper from eligible issuers through eligible primary dealers. The facility expired on February 1, 2010.(La Facilité de financement du papier commercial (CPFF) a été créé en Octobre 2008 afin de fournir un filet de sécurité de liquidité pour les émetteurs de papier commercial aux États-Unis. Le CPFF a été conçu pour améliorer la liquidité sur les marchés de financement à court terme et de contribuer ainsi à une plus grande disponibilité du crédit pour les entreprises et les ménages. Dans le cadre du CPFF, la Federal Reserve Bank de New York a financé l'achat d'une cote élevée de papier commercial non garanti et adossé à des actifs d'émetteurs admissibles par l'entremise admissibles primary dealers.L'installation a pris fin le Février 1, 2010.)



Le sénateur Bernie Sanders avait écrit à ce sujet pour demander à la Fed, de la transparence.
http://www.huffingtonpost.com/rep-bernie-sanders/a-real-jaw-dropper-at-the_b_791091.html

lundi 10 septembre 2012

Bernard Arnault Pdg de LVMH s'offre le luxe de se prendre une veste nationale

par Didier Testot.
C'est donc ce week-end que Bernard Arnault le Pdg de LVMH a décidé de faire du bruit. Lui plutôt discret, accordant très peu d'interviews, laissant le soin traditionnellement à son équipe de communicants historiques de parler à sa place auprès des journalistes est venu occuper tout le week-end médiatique après avoir confirmé son souhait de devenir belge. Cet homme du Nord aura voulu faire un coup dont il a le secret.
Il a toujours su le faire dans ses affaires, dernière en date, surprenant les héritiers Hermes, en grimpant au capital du groupe de luxe.

Bernard Arnault est l'homme le plus riche de France, mais il n'est pas connu des Français, sauf pour ceux qui lisent les pages glacées des magazines de mode ou de luxe et encore.
Cet homme a, en une trentaine d'années seulement, su conquérir, batir, développer, élargir, un groupe de luxe devenu leader mondial : LVMH comme Louis Vuitton Moët Hennessy.
Qui sait sauf les analystes financiers que le groupe outre Louis Vuitton, possède les marques Fendi, Donna Karan, Loewe, Marc Jacobs, Céline, Kenzo, Givenchy, Thomas Pink, Pucci, Berluti, et Rossimoda, ou que LVMH est numéro un mondial du champagne avec Moët Hennessy ?
 Dans les Parfums & Cosmétiques : Christian Dior, Guerlain, Givenchy et Kenzo. Les montres : TAG Heuer et Hublot. Et dans la distribution sélective : DFS et Miami Cruiseline...
(Capture écran site LVMH, photo Karl Lgerfeld)

Le groupe familial Arnault détient 46,1 % de LVMH

Un groupe leader mondial et dont Bernard Arnault a su au fil du temps se renforcer au capital pour en détenir aujourd'hui 46,1%. C'est un savoir-faire unique, car peu de familles arrivent au fil du temps avec les acquisitions et l'évolution d'un groupe de taille mondiale, à en garder autant. Et c'est la clé de l'histoire médiatique de ce week-end, pas encore abordé à ce jour. On parle de résidence fiscale, nationalité, investissements productifs en Belgique, le premier communiqué  de samedi voulait montrer le "patriotisme" de Bernard Arnault :
"Contrairement aux informations publiées ce jour, Monsieur Bernard Arnault précise qu’il est et qu’il reste résident fiscal français.  L’obtention éventuelle de la double nationalité franco-belge ne change rien à cette situation ni à  sa détermination de poursuivre le développement  du groupe LVMH  et les créations d’emplois qui en sont la conséquence en France. Il rappelle que le groupe LVMH embauche, chaque année, plusieurs milliers de personnes en France  et ce depuis plus de 20 ans et qu’il contribue massivement aux exportations françaises.

Monsieur Arnault, originaire du Nord de la France, a de nombreux liens avec la Belgique tant sur le plan personnel et familial que sur le plan professionnel. Son groupe privé (Groupe Arnault) a de nombreux investissements en Belgique,  et entend les développer. C’est dans cette perspective que Monsieur Bernard Arnault a sollicité la double nationalité franco-belge."
Puis finalement, par l'AFP, pour une interview "exclusive", Bernard Arnault voulu lancer la réplique : "Je suis et je resterai fiscalement domicilié en France et à ce titre, je remplirai, comme tous les Français, l'ensemble de mes obligations fiscales....Notre pays doit compter sur la contribution de chacun pour faire face à une crise économique profonde dans un cadre budgétaire particulièrement contraint". En réalité, Bernard Arnault peut faire ce qu'il veut, mais il veut que cela se sache et que ceux qu'ils estiment responsables de la situation, en soient pour leur frais.

Les holdings de la conquête de Bernard Arnault

D'ailleurs, si la fortune de Bernard Arnault a connu une telle progression au cours des dernières années, sa stratégie fiscale, et les connaissances de ses plus proches conseillers, en matière de droit des sociétés, ont fait la différence. Vous ne pouvez pas faire un tel parcours si vous ratez votre stratégie fiscale et juridique. Et puis les politiques (compte rendu du Livre d'Airy Routier, L’Ange Exterminateur,
la vraie vie de Bernard Arnault, Albin Michel, Paris en 2003 http://www.annales.org/gc/2004/gc76/arnault60-68.pdf ), y ont largement contribué.

Les questions fiscales et de contrôle, ont donc toujours été au coeur de la stratégie de Bernard Arnault. Bâtir un groupe de luxe, sans ce savoir-faire juridique, lui aurait permis de grandir mais jamais d'avoir en 2012, encore 46,1% de son capital.

Les holdings de Bernard Arnault qui lui ont permis ce miracle de contrôle familial : Financière Agache,

société devenue belge déjà en 2008, oui en 2008, donc sous Nicolas Sarkozy, ami de Bernard Arnault, ce que personne n'avait vu à l'époque.
Pourtant cela indique que Bernard Arnault avait vu le vent venir. Mais dans les holdings de famille, Jacques Rober a été celui de la conquête . Personne sauf Arnault ne connait ce holding, et cette cascade de holding comme le rappelait l'Expansion en 2007  dans un article intitulé : "Les cascades de Bernard Arnault".

Nous sommes au coeur du sujet et tout au long de sa vie de dirigeant, il a eu à démontrer son savoir-faire face parfois au gendarme de la Bourse (Commission des opérations de Bourse), sur ces sujets capitalistiques et ses conseillers, le principal d'entre-eux, Pierre Godé, est l'homme de l'ombre qui a soutenu et conseillé, le "petit Bernard" depuis le début, après son père Jean Arnault. Comme feu Antoine Bernheim chez Lazard sans qui tout cela n'aurait pas pu être finalisé.

Méthodes comptables, provisions, prime d'émission, traité d'apport, amortissements, mali de fusion, ... seul un expert pourrait voir derrière ces expressions techniques la main de Pierre Godé, ancien professeur de droit commercial à Nice, le meilleur professeur de droit commercial qu'il m'ait été donné de rencontrer dans ma vie d'étudiant.
Aucun de ses élèves ne séchait les cours, car il était charismatique, et pas seulement parce qu'il est très grand ! Son amphi était plein, et c'est en 1984 qu'il parti pour faire le job chez Arnault. Nous étions tous déçus. Mais il nous avait dit "qu'il ne pouvait refuser le job",  et le voilà Vice-Président de LVMH !

Pierre Godé Vice-Président LVMH (photo capture écran site LVMH)
Bernard Arnault a donc oeuvré toutes ses années pour cela, ce qui n'enlève rien à sa réussite entrepreneuriale, avoir su faire de Louis Vuitton, une machine à cash que le monde entier lui envie, et transformer nombre de marques en grandes marques, avec un savoir-faire reconnu. Et cela personne ne devrait le contester, c'est dur, il fallait de l'intelligence, des idées, de l'intuition aussi, de ce côté là Bernard Arnault est un grand dirigeant qui aura su s'entourer également pour réussir à ce que aujourd'hui, ces marques soient connues mondialement. Il a aussi connu des échecs (lors de la bulle internet) et voulu faire un "coup" chez Carrefour. Son avantage, il peut se le permettre, même si son image en a souffert, à chaque fois. L'évènement de ce week-end n'est donc pas simplement fortuit, il a été longuement pensé, d'ailleurs les Belges le savent, eux, depuis longtemps : RTBF Info

Simplement, Bernard Arnault a choisi son moment, le lendemain de l'élection à la Présidence de François Hollande, histoire de marquer les esprits. Même si en 2007/2008, il savait déjà ce qu'il devait faire, car la droite allait le décevoir comme nombre de dirigeants d'entreprises !

Pourtant derrière cette agitation, Bernard Arnault a un seul problème, le même que tous les dirigeants de PME qui ont créé et développé leur entreprise : sa succession et les droits de succession. J'ai dans le passé vu des patrons de PME sortir de la Bourse, à un moment propice, pour réussir au mieux cette transition. Lui, 4ème fortune mondiale, mais Français, n'a pas l'opportunité des Warren Buffet, Bill Gates, d'aménager au mieux sa succession, en tout cas s'il reste à Paris !

Mais en France, cela reste un sujet tabou, pourtant quand on a passé autant de temps, avec une telle réussite, pour construire le numéro un mondial du luxe, payer oui, mais comme on le souhaite, pour que les enfants (deux mariages), puissent aussi en profiter, c'est humain.

Bernard Arnault, homme du Nord, qui dans sa jeunesse vivait dans le quartier chic de Croix (Lille), et  qui a eu pour voisins les frères Willot (repreneurs de Boussac), les familles Mulliez (fondateur d’Auchan), Prouvost, Masurel, Dewavrin... a aujourd'hui les mêmes problématiques. A ceci près qu'il  a le plus d'argent.
S'il a choisi d'être au centre des attentions, alors que la discrétion est plutôt la stratégie des hommes du Nord, en pleine crise économique et sociale, c'est qu'il pense qu'il doit le faire maintenant, quelque soit le prix "médiatique" à payer.

Mais les politiques qui sont les premiers à fréquenter les dirigeants du CAC40 seraient bien inspirés, de faire leur devoir.

Et s'ils avaient géré notre argent depuis 30 ans, comme Bernard Arnault a su gérer le sien, la France serait un pays dynamique et prêt à conquérir le Monde !

Vos gueules les Mouettes !

Bernard Arnault n'est pas exempt de reproches, car s'il rate aujourd'hui sa sortie, c'est sans doute, qu'il n'a pas mesuré l'état de la France, à trop s'isoler dans son bureau que ses proches disent inaccessible et à fréquenter uniquement les soirées luxueuses, sans se rendre compte de la réalité, d'une France désespérée et sans repères. Lui qui vient du Nord, sait-il que certaines familles en sont à la troisième génération de chômeurs ? C'est aussi la réalité de la France.

J'aurais aimé plutôt qu'il nous impose sa fondation d'art contemporain au Jardin d'Acclimatation, qu'il fasse partager son savoir-faire de dirigeant à des jeunes qui voudraient avoir quelques clés de la réussite, à la manière d'un Xavier Fontanet (ancien Pdg d'Essilor) qui oeuvre en ce sens.
Oui, il le doit à la France qui lui a donné une occasion unique d'accomplir son oeuvre, comme à François Pinault et à d'autres grands dirigeants français, qui sans l'aide de l'Etat et de ses représentants, n'auraient été peut-être que des patrons de PME, mais sans doute raté le CAC40, des dirigeants de PME qui restent les grands oubliés de la crise depuis 2007 !



vendredi 7 septembre 2012

Annus Horribilis pour PSA Peugeot Citroën sorti du CAC40

par Didier Testot.

Si PSA Peugeot Citroën a déjà fait l'actualité durant l'été pourri pour une grande partie du Nord de la France, c'était d'abord parce que le groupe avait du contenir ses déclarations de restructurations pendant plusieurs semaines, et qu'une fois l'élection de François Hollande à la Présidence de la République officialisée, perdre 200 millions d'euros de trésorerie (cash) par mois n'était plus tenable. Et voilà que l'automne n'est pas encore là mais la sanction du Conseil Scientifique de la Bourse de Paris vient de décider de sortir PSA Peugeot Citroën de l'indice CAC40, au profit du groupe Solvay, un chimiste qui remplace un groupe automobile. Une sortie effective à compter du 24 septembre 2012. Ce qui conduira des fonds d'investissements qui avaient encore du titre Peugeot en portefeuille à se délester un peu plus.
Comment PSA en est arrivé là ? c'est la question que tout le monde se pose. Et chacun à sa réponse, elle est rarement favorable au groupe, car l’affaire Peugeot a déjà pris un tour politique. Même si Peugeot contrairement à Renault est encore un groupe privé, son importance en France en fait un interlocuteur obligatoire de n’importe quel Gouvernement et comme il est nouveau (NDA, le Gouvernement), il tire de son élection la force de dire des choses qu’en fin de mandat il n’oserait pas dire.
Il est vrai que dès que le sujet est devenu politique, il est difficile de rester zen et factuel.
Les petites phrases se sont succédées, le rôle de la famille Peugeot dont on avait appris grâce à Thierry Peugeot, le Président du Conseil de Surveillance (interview du Figaro) que 90% est en France, ce qui en laisse 10% en Suisse, ce qui suffit à faire de cette famille, une famille «suspecte» de jouer sa propre partition.
Ce n’est pas ce terrain qui m’intéresse, d’autant que le titre qu'avait trouvé un quotidien : « La riposte de Thierry Peugeot » (Le Figaro) avait contribué à ce débat stérile. Lisez bien  l’article et voyez qu’en matière de riposte, on ne trouve rien !

Peugeot Mulhouse (Photo PSA)
Peugeot, PSA Peugeot Citroën est un grand groupe privé automobile, familial, avec un certain savoir-faire reconnu sur des technologies (diesel, hydride diesel…), mais aussi un groupe familial qui depuis les années 1990, c’est à cette époque là que j’ai fait sa connaissance n’a cessé de faire appel à des dirigeants extérieurs pour le « sauver ». 
La nomination d’un Jacques Calvet, banquier, mais profane en matière automobile était-il un bon choix ? Certes, il fallait « déjà » remettre de l’ordre dans la maison Peugeot !
Un souvenir un seul, mais il est en soi symptomatique :  Lors d’un essai de la Peugeot 306, dans le désert du Sinaï, avec à mes côtés Frédéric Saint-Geours, alors directeur de la marque Peugeot, si j’avais pu constater l’agilité et la tenue de route de la voiture, le « toucher » disait le marketing maison, la qualité intérieure des plastiques (collage sommaire…) avait conduit plusieurs journalistes à le faire remonter à la direction. 
Les essais automobiles pouvaient donc servir aussi à cela ! 
Comme si la fabrication automobile, en bout de chaine n’était pas suffisante et que les journalistes devaient jouer les futurs clients. Que dire de la sellerie dont les motifs pouvaient varier au gré des souhaits de Madame Calvet ? 

Depuis Peugeot comme Citroën ont fait des progrès en termes de qualité, mais peut-on vraiment dire qu’ils sont au niveau des constructeurs allemands de ce point de vue là. Constructeurs allemands qui ont eu (Mercedes, Vokswagen ou BMW) eux aussi leurs lots de problèmes : tdi, injecteurs pompes, …mais qui ont su garder une image de marque.
Les Français et Peugeot n’est pas seul dans ce cas n’ont cessé de courir après le haut de gamme, sans jamais réussir à égaler les Allemands. 
Et à force de mettre en avant les petites voitures à faible marges, l’écart s’est creusé en Europe et dans le reste du Monde. Ceux qui connaissent le marché chinois, savent que les Chinois n’ont pas voulu des premières Citroën qui leur étaient proposées, pas au goût des chinois.
Dans les années 90, c’était cela Peugeot, un style très particulier, et Jacques Calvet avec qui j’avais eu l’occasion de discuter longuement dans l’avion du retour d'Egypte, qui n’avait qu’un seul sujet de communication : les constructeurs japonais qui allaient envahir l’Europe. Il ne parlait à la fin de son mandat presque plus de Peugeot, un comble.  
Alors bien sûr, les successeurs de Jacques Calvet n’avaient pas tous le même profil, mais peut-on dire qu’ils connaissaient l’automobile, pas la sidérurgie ou l’industrie, mais bien le produit automobile ? 
Trouve-t-on dans les profils des dirigeants, un ingénieur moteur par exemple ? Non jamais. Ils ont en tout cas permis à PSA Peugeot Citroën de s’internationaliser, mais toujours en restant très, trop européen ?
Et pour revenir un instant sur le débat politique malsain qui a débuté, trop européen, cela veut dire, pas assez là où les marchés sont en croissance.

Dans les rapports annuels des dernières années, PSA parle de croissance en « Europe occidentale, Mercosur, Europe centrale et Chine ». Depuis les années 90 justement, il est dit qu’il existe un constructeur européen de trop, Fiat a souvent été cité, et ce marché n’est pas moins concurrentiel au contraire, les rabais consentis par les uns et les autres ont fini de convaincre le consommateur que les primes faisaient parti de ce marché.
Ce n’est donc pas là qu’il fallait lancer la nouvelle bataille, mais bien sur d’autres continents. Le groupe Volkswagen l’a fait il y a bien longtemps notamment en Chine ce qui lui permet de vendre son haut de gamme Audi, aux chinois friands de ce segment sur lequel Renault comme PSA n’ont pas daigné faire le nécessaire.
Un analyste financier m’avait dit « c’est la faute à de Gaulle avec sa taxe sur les véhicules haut de gamme », peut-être mais depuis de Gaulle, ça fait un bail, tiens restons avec Audi, prenez une Audi des années 80 et une Audi de 2012, de l’ombre à la lumière non ? Donc il était bien possible d’aller pour une partie vers ce segment de marché, plus lucratif. 
Pourquoi les Français ne l’ont-ils pas fait ? Mystère qui coûte cher aujourd’hui, et c’est pourtant ce haut de gamme qui permet à Audi de vendre une A1 (sa petite voiture) plus chère.

Depuis des années, malgré des bonnes évolutions comme la stratégie de plateformes initiée par Jean-Martin Folz et la montée en gamme avec la DS qui arrivent bien tard, les perspectives ne peuvent être tenues, en 2006, on parlait de 4 millions de véhicules vendus, de qualité, de réduction des coûts, de plan produit, de l’international…afin d’être en 2015, le « constructeur européen le plus compétitif d’Europe avec une marge opérationnelle de 6 et 7% »
Plus récemment, les perspectives 2011 s’écrivaient simplement pour PSA : «  Notre situation financière reste robuste et sécurisée, nous nous attendons pour 2012 à des conditions de marchés encore difficiles en Europe ». L’Europe encore, pourtant du côté des équipementiers automobiles, la mue a été opérée pour ceux qui ont su tirer profit de la mondialisation du marché.
Et en 2012, avant cette crise PSA /Etat ? « Le groupe met en place une série de mesures centrée sur un management soutenu du cash, elles permettront d’améliorer significativement la performance et de réduire l’endettement, tout en renforçant la stratégie ». (Rapport annuel 2011 PSA Peugeot Citroën).
Des mots qui dans le contexte actuel, donnent du grain à moudre à ceux qui pensent que la stratégie de PSA Peugeot Citroën n’est pas assez efficace. Le pari du tout diesel, alors que le Monde roule avec un moteur essence en est un autre exemple. 

La famille Peugeot et-elle responsable de cela ? Elle ne peut pas s’en exonérer totalement et considérer qu’elle a fait le nécessaire, sinon elle n’en serait pas là aujourd’hui à attendre un énième plan gouvernemental, et le deuxième en moins de trois ans ! 
La prime à la casse a servi les intérêts de la famille Peugeot, mais a-t-elle servi la stratégie de Peugeot ? Pas si sûr. L’automobile, après l’industrie textile et la sidérurgie a un problème simple : elle n’arrive pas à vendre avec suffisamment de marge pour investir et continuer ses développements là où les marchés sont demandeurs.
Citröen peut-elle prétendre rivaliser avec Audi avec une gamme DS ? Peugeot qui pendant de nombreuses années s’est focalisé sur le diesel, peut-elle ignorer des marchés qui ne vivent que par l’essence ? Continuer sur le segment des petites voitures peu rentables est-il mortel ?
Volkswagen encore et toujours qui perdait 5.000 francs par Golf sortie de ses usines Ouest-allemandes est aujourd’hui celui qui donne une leçon de stratégie aux Français et se permet d’être en avance sur son plan de développement. L’automobile a cela de fantastique, que le plus moribond des constructeurs peut revivre, aux Etats-Unis, grâce à la loi sur les faillites (cf GM) en Europe, souvent grâce aux Etats, donc aux contribuables. Mais les temps ont changé, PSA Peugeot Citroën doit vite retrouver une ligne stratégique qui lui permettra de rivaliser avec Volkswagen, pas un énième plan de réductions des coûts qui ne fait que retarder d’autres échéances, mais un plan de développement produits justement qui lui permettra d’aller plus loin comme c’est le cas en général pour un groupe familial, qui vise le long terme. Pas une succession de réductions, restructurations, sous la pression.
Pour PSA Peugeot Citroën, c’est la question centrale, groupe familial, Thierry Peugeot et sa famille, doivent trouver les moyens de redonner un sens à ce mot, qui est un gage de vision pour les investisseurs, même s’il existe des exceptions. 

La famille Peugeot doit comprendre que la qualité est la clé pour l'image et le prix de vente.  
Quand un cadre supérieur de banque découvre que sa nouvelle "508", le haut de gamme de Peugeot à plus de 40.000 euros a un problème de "Bluetooth" et de toit ouvrant qui se bloque, il n'est pas sûr de reprendre ce véhicule. On l'a dit Peugeot n'a pas été seul dans ces problèmes de qualité, et des progrès ont été faits, en face aussi. 

Les marchés en croissance ne sont pas en Europe, ils sont surtout en Asie. Et cette nouvelle population, n'a pas l'intention de rouler "en Renault 5 ni en 205", mais bien de montrer qu'elle réussit avec une voiture à l'image haut de gamme. 


Le Président François Hollande aurait pu aider Citroën si au lieu de monter à bord de la DS5 Hybrid 4, il avait choir la DS9 montrée aux chinois. 

Et l'hydride-électrique sur lequel des paris sont pris, n'est pas une réponse sérieuse, j'imagine que la famille Peugeot le sait, l'Etat, lui a trouvé une solution politique à court terme. La crise économique et sociale que nous traversons, ne permettra pas aux Français de s'équiper en hydride-électrique, prime ou pas, il n'en ont plus les moyens. 
Et puis à ce sujet comme il faut rafraîchir la mémoire des uns  et des autres, voyez ce qu'en disaient les constructeurs automobiles, dont PSA Peugeot Citroën, c'était il y a deux ans, au Mondial de l'Automobile. Ce segment sera largement minoritaire et pour encore longtemps.

Zapping Mondial de l'Automobile Paris 2010


Le monde automobile est en perpétuel renouvellement, PSA Peugeot Citroën, groupe familial, doit retrouver la force qu'il n'aurait jamais du perdre, celle de construire une stratégie dans la durée, en France et hors de France, lui permettant de franchir des étapes pour non pas rester dans la course, mais pour devenir leader. 
Volkswagen, le rival Allemand a trouvé la clé, alors qu'il a connu situation comparable à celle de PSA. 

La sortie du CAC40 permettra-t-elle finalement comme un électrochoc le réveil de ce groupe familial ? C'est ce qu'on lui souhaite, même si cela risque de se faire dans la douleur (Aulnay), car la clé de la stratégie familiale réussie, reste à n'en pas doute, l'anticipation, pour ne pas subir. À méditer en famille chez Peugeot.