mardi 23 avril 2013

Une vision d'entrepreneur qui n'a pas pris une ride : Jean-Louis Descours (André)

par Didier Testot.
Depuis des années les commentaires sur nos handicaps économiques aboutissent souvent au constat du manque en France de PME de tailles internationales, comparable à celles qui en Allemagne permettent à notre voisin de caracoler en tête pour le dynamisme économique.
C'est un sujet qui a ce jour ne trouve pas de solutions véritables, même si une prise de conscience semble se dessiner. Encore faudrait-il que la culture star-up, PME, soit prise en compte par les décideurs politiques. Le déballage du patrimoine des élus de la République semble prouver le contraire : cherchez bien, vous ne trouverez pas ou peu d'investissements dans des PME ou dans une start-up, c'est culturel.
Reste à convaincre les dirigeants politiques et les cadres à penser aussi qu'une PME peut être un formidable tremplin international pour peu que sa stratégie mondiale soit bien établie. Et que derrière le CAC40, il est possible, dans certains cas d'avoir une carrière exponentielle et passionnante.
Plutôt que de déballer leur argent sur la place publique, les responsables politiques devraient avoir eu une expérience d'entreprise, de PME ou autre, comme salarié ou comme entrepreneur.
Le cas emblématique d'André, le "chausseur sachant chausser", raconté dans ce livre que je viens de découvrir par son fondateur Jean-Louis Descours en est une illustration intéressante.
Jean-Louis Descours, personnage atypique, qui aurait pu faire une carrière tranquille de fonctionnaire, a choisi à un moment de sa vie de tenter l'aventure entrepreneuriale.
Cela n'est pas arrivé complètement par hasard. Comme il me l'a raconté lors d'un entretien le 9 avril 2013, à son domicile parisien,  en plein centre de Paris, petit déjà il avait cette fibre du commerçant et allait voir ce que faisaient les concurrents de sa mère qui tenait un commerce à Sainte Sigolène (commune de la Haute-Loire), près de Saint-Etienne.
Derrière André, peu de gens le savent, se cachent aussi un groupe avec les marques Minelli, San Marina, la Halle aux Chaussures, la Halle aux Vêtements, Kookaï ou Caroll...Des marques qui sont venues au fil des années rejoindre André pour constituer un groupe international.
Avant de parler de nos échanges avec M. Descours, j'avais été étonné je l'avoue, quand j'avais reçu le communiqué de presse annonçant l'ouvrage "Entreprendre à Grands Pas, comment faire d'une PME une multinationale?", car j'avais le souvenir de Jean-Louis Descours, dans les années 90, avec Gustave Leven, la presse les avait d'ailleurs surnommé "Les Goldens Papy", notre rencontre fût donc exceptionnelle à plus d'un titre avec cet homme agé aujourd'hui de 97 ans, mais qui garde toutes ses convictions d'entrepreneur.
C'est cette rencontre que j'ai eu envie de partager ici, car depuis le début de l'aventure du media que j'ai créé, la Web Tv www.labourseetlavie.com, nous parlons souvent d'entreprises, d'hommes et de femmes dirigeantes, de ceux qui ont eu à un moment de leur vie, une occasion, un choix à faire de basculer dans la direction d'une entreprise.


La PME André devenue multinationale, j'étais loin d'imaginer tous ces développements. Un homme, une vision. C'est sans doute ce qu'il faut retenir de cette aventure. Mais quelle vision ?
Jean-Louis Descours avait très vite compris lorsqu'il pris la direction du groupe André que s'il voulait développer l'entreprise, elle devrait évoluer de la fabrication à la distribution. Une intuition qui conduisit à des changements radicaux dans le profil de l'entreprise, mais qu'il faut mettre en rapport avec sa pérennité. Sans ces changements, André aurait sombré victime de la concurrence asiatique.
"La chaussure, c'est beaucoup de main d'oeuvre, beaucoup de salaires" me dit Jean-Louis Descours, et pour conduire cette PME vers l'international, il aura fallu ouvrir de nombreux magasins avec de moins en moins d'usines, en tout cas en France.
C'est un schéma qu'il est impossible de décrire sereinement aujourd'hui tellement nos débats sur l'économie sont caricaturaux en France. A force d'avoir tergiversé sur des secteurs en concurrence frontale avec l'Asie, nous n'avons collectivement pas su nous adapter pour innover, alors que de nouveaux marchés s'ouvraient aux entreprises françaises. La transformation d'André de fabricant en distributeur fût non seulement la clé de sa réussite, mais de sa survie d'abord dans un Monde en pleine mutation. (Dans un secteur traditionnel, l'automobile, j'avais récemment raconté la transformation d'Audi).

Dans ce livre, il affirme aussi que "quand la différence de rémunération est trop importante entre les ouvriers français et les ouvriers étrangers, le patriotisme économique devient une absurdité".
Dans le débat du moment toujours : "Les entreprises françaises avaient trop de charges ? Cela me posait des problèmes mais je savais que mes concurrents supportaient les mêmes".

Alors cette vision comment s'exprime-t-elle au quotidien, dans les choix stratégiques ?

Jean-Louis Descours le dira plusieurs fois lors de notre entretien.

Pour lui, les trois choses qui comptent dans une entreprise sont :

- Les équipes (les meilleurs)
- Les concurrents : nos adversaires
- Les Produits 

Il faut donc être au courant de ce qui se passe chez les concurrents pour pouvoir anticiper.
Dans le débat actuel sur les entreprises et l'Etat, il n'hésite pas à dire que "la fiscalité, la politique, l'important, ce qui compte, c'est la valeur des équipes par rapport aux concurrents".
De son expérience de dirigeant du groupe André, il retient de "garder les pieds sur Terre" et d'être capable d'arrêter ce qui ne va pas". Et pour cela la "fidélité des cadres", "l'équipe solidaire qui connaît ses concurrents pour faire mieux qu'eux", est indispensable. L'ancien agent du fisc qu'il est le reconnaît, "la fiscalité a une importance considérable". Il faut donc bien la comprendre.

Quel peut-être le rôle d'un chef d'entreprise dans cette période ?

Sa ligne de conduite a toujours été celle-là et il n'en changera pas aujourd'hui : "Faire mieux que les concurrents, avec une équipe qui veut vous faire gagner...". Pour le secteur qu'il a représenté :
Les Trois C : Concurrence, Collaborateurs, Chaussures..."auquel pour toutes les entreprises, il faudra ajouter le Chef "anticipation, délégation, motivation des collaborateurs." et les Clients "votre préoccupation principale".
"Toute ma vie, j'ai été poussé par le désir d'être le premier. C'est sans doute cela qui m'a permis de faire d'une PME, un des plus grands groupes mondiaux de son secteur" (page 112).
La longue vie d'André et de son fondateur l'ont conduit également "sacrifier beaucoup de choses". "Ma vie privée n'a pas eu d'influence, j'avais la niaque", me dit Jean-Louis Descours.
Nicole (son épouse), "elle m'a toujours suivi, les yeux fermés".
Cet esprit de compétition qu'il a toujours eu rappelle à Nicole, l'une des phrases fétiches de son mari : "Lorsque le problème sera réglé, quand ça ira mieux, on ira au cinéma".
Beaucoup d'entrepreneurs se reconnaîtront dans cette vie si particulière et intense des dirigeants d'entreprise dont la passion prime mais qui les conduit aussi à aller tellement loin dans leurs projets.

Aujourd'hui, c'est à travers son petit-fils Christopher qui développe le groupe EPI (Weston, Bonpoint, Figaret, les champagnes Piper-Heidsieck...) que la vie d'entrepreneur de Jean-Louis Descours se poursuit.

Et à l'adresse des jeunes de ce pays qui manquent parfois d'espoir (Page 156) : "Tant de domaines...restent inexploités et ne demandent qu'à se développer tout comme tant de secteurs traditionnels ont besoin d'être bousculés, modernisés, remis sur des rails nouveaux"...Et un peu plus loin : "À la base de toutes ces réussites, il doit y avoir un pionnier, un empêcher de tourner en rond, un visionnaire".

L'envie de gagner, Jean-Louis Descours l'a toujours eue, comme beaucoup de chefs d'entreprise que j'ai rencontré au cours de ma carrière, sans que les Français le réalisent à ce jour, c'est pourquoi j'avais envie de partager cette rencontre, unique, passionnante, éclairante sur ce "métier" d'entrepreneur.

Merci M. Descours de m'avoir reçu.  


"Entreprendre à Grands Pas, Comment faire d'une PME une multinationale ?" par Jean-Louis Descours en collaboration avec Gabriel Milési est publié aux Editions Michel de Maule




lundi 1 avril 2013

Un malheureux poisson d'avril : Dépense Publique en France = Tabou

par Didier Testot;
Et voilà via Twitter ou ailleurs vous êtes arrivés sur cette page, en vous disant, comment François Hollande, le Président de la République a pu trouver une solution pour la France, afin que celle-ci redonne espoir à ses habitants. Et ce contrairement aux habitudes bien ancrées de la Vème République, on pas en ajoutant une taxe aux taxes, mais en réduisant les dépenses publiques, sujet tabou depuis 40 ans. A chaque fois, soit les politiques n'ont pas osé, soit avec des solutions purement comptables, elles n'ont eu aucun effet.
Cette fois donc réduire la dépense publique semble en route, et chercher tout ce qui aujourd'hui dans le Budget de l'Etat ne sert pas les Français, est improductif, changer les mentalités, se dire que la France doit changer de modèle et vite, sauf à continuer à compter ses chômeurs et ses pauvres, mettre la France en ordre de marche pour affronter ce 21ème Siècle, plus compliqué mais aussi plein d'opportunités. La France n'a pas de pétrole, elle a des idées. Mais elle ne peut plus les exprimer, enfermée dans ses dogmes de privilèges "intouchables".
Déjà en 1987, c'est l'avantage de ranger ses affaires, l'Expansion titrait sur "le Sursaut ou le déclin". Dans une période de cohabitation "Balladuro-Mitterrandienne", les élites parlait relance de l'investissement des entreprises.
Cela veut bien dire que l'on avance pas, parce que les politiques usent toujours des mêmes ficelles : reporter les réformes essentielles pour le pays, faire des réformettes (cf les retraites) et laisser au suivant le soin de s'en occuper, ce qui le conduit en arrivant, à surseoir à statuer comme diraient les juristes, s'il le peut encore une fois.
En attendant, le Monde a changé, et cette politique largement inspirée par de hauts fonctionnaires "irresponsables ", au sens où ils n'affrontent jamais le suffrage des citoyens, ni la réalité des entreprises pour beaucoup d'entre-eux, est à bout de souffle.
Mais aucun changement de méthode ne semble s'annoncer. Comités "Théodule",  fonction publique territoriale pléthorique, Niches fiscales....tout le monde connaît, pas besoin de faire un dessin !
Le "bateau ivre" de Bercy ne veut pas perdre ses privilèges, et préfère conseiller aux ministres qui se succèdent de ne pas faire de réformes, car cela pourrait empêcher leur réélection.
A force de ne rien faire, sauf à pénaliser ceux qui travaillent encore, ceux qui prennent des risques, ceux qui font des paris avec d'autres sur des créations d'entreprises, ceux qui veulent au sein de l'Education Nationale, faire évoluer les choses, tous ceux qui veulent faire bouger la France prennent des coups de "Taser" qui, avec une nouvelle loi, venant s'ajouter à l'ancienne, change des règles, arrive à une fiscalité confiscatoire, empêche l'investissement, avec des mesures non évaluées, et souvent de l'amateurisme....
Les initiatives existent, les idées pour redresser le pays, pour rendre nos entreprises plus compétitives, innover, faciliter l'accès au travail, il y a de la volonté, mais aucun relais au niveau de l'Etat, englué dans sa dette, qui est largement issue de tous les cadeaux qu'elle a octroyé à sa clientèle, depuis 40 ans.
Le fromage se réduit et la dette désormais entre les mains d'investisseurs étrangers, qui perdront patience et n'hésiteront pas à protéger leurs intérêts,  le jour J.
Un Pdg m'avait dit un jour "Didier, cela ne changera pas" fataliste comme beaucoup, et c'est un peu l'ambiance du moment, le défi de trouver un homme ou une femme heureuse, qui malgré toutes les épreuves gardent l'espoir, a envie d'investir dans son pays. Ce n'est pas parce que nous sommes à Pâques que nous allons nous en remettre qu'à Dieu ?
Soyons courageux, donnons des perspectives pour avancer ensemble. Nous en avons besoin.
Et comme la figure de Franklin Roosevelt semble réapparaître dans cette crise, voici une citation qui lui est attribuée : « Il est dur d'échouer ; mais il est pire de n'avoir jamais tenté de réussir».
Comme un entrepreneur, l'Etat doit oser changer de stratégie, car il fait fausse route depuis 40 ans. Depuis le début de la crise, je ne vois que des entreprises et des dirigeants qui ont du s'adapter, et pour certains, revoir leurs modèles de développement, aucun n'a échappé à une révision de sa stratégie pour s'adapter à son nouvel environnement. L'Etat pas encore assez, loin de là, le temps presse !
Un malheureux poisson d'avril, je vous disais, oui malheureux...