dimanche 22 mai 2011

Adriana Karembeu aussi a eu droit aux honneurs de la presse

par Didier Testot.
L'affaire DSK, dont j'ai parlé récemment, personnage important de la vie politique et économique, a révélé la manière dont la presse vit avec ses politiques. Elle vit avec eux, elle en est proche, au point de trouver normal pour un homme politique d'être "insistant" auprès des femmes. Les travers de nos hommes politiques font partie du café du commerce, de la gaudriole à la Française, c'était pas grave nous disait-on. Dominique Strauss-Kahn "acquitté" comme le vend son avocat, verrait ces mêmes journalistes "initiés" (quelques journalistes parisiens ayant le monopole de la parole) nous dirent : Alors vous avez vu hein, c'était pas grave, il est innocent. 
Pourquoi je vous dis tout ça ? Un petit dossier m'y a fait pensé ce dimanche, car je me suis dit, finalement, avec de la notoriété, tu peux gérer ton image et les journalistes rappliquent, sans aller à la source, c'est-à-dire, chercher des informations vérifiables et vérifiées et ne pas se contenter, de ce que le conseiller, l'invitation presse, nous vend. Et voilà que je suis tombé sur Adriana Karembeu ! 
Femme, mannequin, souriante, connue par son prénom et son nom de famille grâce à son mari, héros de la Coupe du Monde en 1998, mais aussi par ses actions en faveur de la Croix-Rouge, dont on cherche toujours la présence au feu rouge, sans succès. Voilà donc Adriana Karembeu qui après s'être séparée de son mari (ParisMatch), se lance dans les affaires, on parle d'introduction en Bourse. Les premiers articles que j'ai lu étaient plutôt flatteurs et ceux que l'on peut voir sur internet aussi : "Adriana Karembeu entre en Bourse".
Comme d'habitude, le ton est donné par l'AFP "L'ancien top model Adriana Karembeu a présenté mercredi l'opération d'introduction en Bourse de sa société de cosmétiques AKD sous les flashes et les caméras au Palais Brongniart, ancien siège de la Bourse à Paris. Avec un chiffre d'affaires de 909.000 euros en 2010 et une perte nette de 382.000 euros, AKD, qui emploie 14 personnes, espère lever entre 1,25 et 1,66 million d'euros pour son entrée sur le marché libre: l'opération est modeste, mais sa présentation mercredi a toutefois suscité la curiosité de nombreux journalistes. En robe noire cintrée, perchée sur de hauts talons, la vedette du jour s'est prêtée volontiers au jeu d'un "photo call" devant les colonnes du Palais Brongniart, comme aux plus belles heures de sa carrière de mannequin star". Tout est dit dans cette phrase de la dépêche de l'AFP, peu importe le flacon pouvu qu'on ait l'ivresse.
Du coup, plutôt que de m'intéresser à la plastique d'Adriana Karembeu, j'ai fait par réflexe (ancien porte-parole de la COB, cela laisse des traces), un tour du document pour l'inscription au marché libre, marché non réglementé, où les entreprises ne sont pas soumises à la transparence de l'information, mais cela n'intéresse pas les journalistes.
AKD, le nom de sa société "développe, produit et commercialise une gamme de cosmétiques, dont le composant principal est le silicium organique, destinés à la vente en instituts de beauté et spas, dont les spas "Adriana Karembeu" gérés en propre ou franchisés". Objectif à 5 ans : "devenir le premier réseau marque/enseigne professionnel de la beauté et du bien-être en France avec 55 spas sous-gestion"....Ambitieux, normal on vient en Bourse.
Après le tableau page 9 du prospectus affichant une croissance du chiffre d'affaires et une réduction de la perte d'exploitation comme de l'endettement financier,  la société indique : "elle ne dispose pas à la date de visa sur le présent prospectus, d'un fonds de roulement net suffisant pour faire face aux obligations et à ses besoins de trésorerie d'exploitation des douze prochains mois". L'article d'un hebdomadaire financier mentionne le caractère spéculatif de l'investissement mais pas cet élément clé
Il montre simplement que l'entreprise a besoin d'argent frais et que la Bourse doit y pourvoir. Les flashs au Palais Brongniart ont donc d'abord cet objectif, trouver de l'argent frais. 
Pour être encore plus précis : "A la date d’établissement du présent Prospectus, les ressources disponibles de la société permettront à la Société de poursuivre son développement et de couvrir ses besoins jusqu’au troisième trimestre 2011. Le besoin nécessaire pour faire face aux dépenses et engagements au cours des 12 prochains mois suivant la date d’obtention du visa sur le présent Prospectus est estimé à 600 K€. Le montant levé dans le cadre de l’introduction en bourse de AKD, compris entre 1,25M€ (sur la base d’un prix de 1,21 euros par action) et 1,66M€ (sur la base d'un prix de 1,39 euros par action et clause d'extension incluse), permettra ainsi à la Société de disposer de la trésorerie nécessaire sur les douze prochains mois." Si la Bourse ne marche pas la société fera des emprunts. Toujours dans les facteurs de risques, à propos du fonctionnement d'AKD, le prospectus indique :  "Les risques liés au fonctionnement d’AKD - Risques liés au produit : un risque subsiste quand à l’efficacité du silicium, et à ses effets long terme sur la santé ; - Risque lié à la production : cette dernière est dépendante du silicium et du chimiste la produisant." 
La dépêche de l'AFP ne s'est pas intéressée à ces risques, elle cite en revanche Adriana Karembeu qui déclare : "Ma peau est mon fonds de commerce"(...) "Je suis très exigente sur la qualité des produits". 
Pourquoi aller chercher la petite bête et poser les questions qui figurent en toutes lettres dans le prospectus et gâcher la fête ? Amusant : Christian Karembeu est d'ailleurs toujours au capital de la société, avec 1,88%. 
Le plus étonnant car repris par aucun article récent est en page 31 du prospectus : "A titre d’information et suite aux déclarations de Madame Adriana Karembeu du 10 mars 2011, annonçant sa séparation avec son époux, Monsieur Christian Karembeu, il convient de préciser que, dans le cas où une procédure de divorce serait entamée entre les deux parties, Madame Adriana KAREMBEU pourrait perdre son nom d’épouse au profit de son nom de jeune fille. Dans une telle hypothèse, elle ne pourrait plus utiliser le nom « Karembeu » dans la communication ainsi que sur les produits distribués par AKD, ce qui aurait un impact significatif sur la Société, son activité, sa situation financière, ses résultats et son développement
 C'est long un prospectus, et avec Twitter, Facebook, et la rapidité des réactions sur le Web, difficile de prendre le temps. De même que comprendre comment Adriana Karembeu va vivre du développement de sa société, il faut aller jusqu'à la page 71, certains dorment déjà : "Madame Adriana KAREMBEU a consenti à votre société une licence exclusive d’exploitation, pour une durée de 25 ans, pour le monde entier, des marques et logo cédés aux conditions financières suivantes : -    1ère année : 5.000 euros -    Puis 3% du chiffre d’affaires jusqu’à 10 millions d’euros (minimum 20.000 euros), 2% du chiffre d’affaires entre 10 millions et 50 millions d’euros, 1% du chiffre d’affaires au-delà de 50 millions d’euros." 
Depuis sa création, la société n'a fait que des pertes, page 80. 
Voilà je m'arrête là, c'est clair, on aurait pu faire d'autres articles que ceux publiés y compris la dépêche de l'AFP qui en général donne le ton. Mais Adriana Karembeu est médiatique, comme le dit encore le prospectus AMF :  "La communication est quasi intégralement axée sur la notoriété d’Adriana Karembeu, celle-ci reposant sur sa carrière de mannequin professionnel, lui permettant d’être invitée très régulièrement par les grands médias (Emissions TV de TF1, M6, etc...., presse grand public)". Elle sera donc invitée et choyée, pourquoi aborder le fond ? 
Parler des risques, oui comme avec Dominique Strauss-Kahn, simplement pour faire son travail, si on a des éléments qui amènent des questions, on les pose, ensuite on a la réponse. Et chacun est libre de prendre les risques qu'il estime devoir prendre. On peut croire au projet d'Adriana Karembeu, on peut malgré sa célébrité relever des questions essentielles, tout en souhaitant qu'elle réussisse son projet. 
La notoriété n'est pas gage de vérité, elle est gage d'une vérité. A charge pour les journalistes d'essayer de faire la part des choses. Sans excès, avec intégrité et professionnalisme si possible.

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